Jean-Pierre Elkabbach, vétéran du journalisme politique et professionnel infatigable

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Son style pugnace, au risque d’irriter, qui pouvait aussi se faire bienveillant avec certains, a marqué des générations: Jean-Pierre Elkabbach, mort mardi à l’âge de 86 ans, était un vétéran du journalisme politique. Ce professionnel infatigable, qui a aussi été patron de radio et de télévision, a parfois été brocardé pour ses amitiés politiques supposées – de Valéry Giscard d’Estaing à Nicolas Sarkozy puis François Hollande. Il a interviewé tous les grands de ce monde: Arafat, Gorbatchev, Mandela, Castro, Bill Clinton, George Bush, Vladimir Poutine… L’un de ses invités les plus inoubliables fut sans doute le secrétaire général du PCF Georges Marchais qui le rabroua lors d’une interview sur Antenne 2 en 1980. La célèbre formule, «Taisez-vous Elkabbach!», n’a en fait jamais été prononcée par Marchais, mais imaginée par des humoristes caricaturant le débat. Sa longévité à l’antenne avait fini par lasser une partie du public et avait conduit à son éviction en 2017 d’Europe 1. Cinq ans plus tard, il y avait cependant fait son grand retour pour mener les entretiens matinaux du week-end, sur fond de rapprochement houleux entre la radio et CNews, la chaîne d’info très droitière contrôlée par Vincent Bolloré. Proche de Vincent Bolloré, dont il avait été nommé conseiller en 2017, Jean-Pierre Elkabbach était aussi monté au créneau pour défendre CNews, attaquée notamment pour avoir offert une tribune au polémiste et candidat d’extrême droite à la présidentielle, Eric Zemmour. Elle «donne la parole à tous», avait-il dit. Né le 29 septembre 1937, Jean-Pierre Elkabbach a étudié à l’Institut d’études politiques de Paris, il commence sa carrière comme correspondant de la RTF à Oran, sa ville natale, avant d’être nommé à Paris en 1961. En mai 1968, il est mis au placard de ce qui faisait encore partie de l’ORTF et allait devenir France Inter, pour avoir fustigé les «censeurs», avant de passer à la télé en 1970. Il y présente le journal de la Une puis de la Deux. En 1974, à l’occasion de l’éclatement de l’ORTF, il est à nouveau écarté du petit écran. Il revient alors sur France Inter où son émission, «13-14», est un succès. En janvier 1977, sa nomination à la tête de l’information d’Antenne 2 s’accompagne de plusieurs départs au sein de la rédaction. A la suite de la victoire de François Mitterrand en 1981, il est évincé de la chaîne publique en raison de ses attaches giscardiennes. «C’était une période où même ceux que j’avais aidés ou promus changeaient de trottoir quand ils me voyaient. J’étais atteint de mort sociale, je n’existais plus. J’ai connu l’ANPE», racontait-il en 2015. L’année 1982 marque son arrivée sur Europe 1, où il devient directeur d’antenne puis l’année suivante DGA. En 1991, il revient à la télé, dans l’éphémère chaîne La Cinq puis à France 3, où il anime l’émission «Repères». En 1993, il devient PDG de France 2 et France 3, où il favorise l’ascension de nouveaux animateurs comme Jean-Luc Delarue, Arthur ou Nagui. Mais après la révélation des contrats de centaines de millions de francs attribués aux animateurs-producteurs stars de France 2, il est acculé à la démission en 1996. Il préside la chaîne Public Sénat depuis sa création en 2000 jusqu’en 2009, où il lance l’émission «Bibliothèque Médicis». Lorsqu’il prend les rênes d’Europe 1 en avril 2005, la station est en petite forme, en 5ème position, derrière RTL, NRJ, France Inter et France Info. Pendant la campagne présidentielle de 2007, il est régulièrement brocardé par les Guignols de Canal+ pour sa proximité supposée avec Nicolas Sarkozy. En 2008, sa radio annonce, sur ses indications, à tort, la mort de Pascal Sevran, la 1ère grosse erreur de sa carrière, déclarera alors le journaliste. Fin 2022, il avait publié «Les rives de la mémoire» où il revenait sur son enfance, son parcours et ses nombreuses rencontres. «Ce livre n’est pas mon testament, mais je veux laisser une trace», disait-il alors.