Kristen Stewart brille dans «Love Lies Bleeding», un défi au machisme américain 

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Kristen Stewart réveille les cinémas mercredi avec «Love Lies Bleeding», une romance lesbienne sanglante et anti-phallocrate dans le monde du culturisme. Sans se prendre au sérieux, «Love Lies Bleeding» caricature l’Amérique reculée des années 1980, saturée de testostérone, de néons et d’armes à feu. C’est dans ce cocktail que vont se rencontrer deux laissées-pour-compte du rêve américain. Jackie (Katy O’Brian), bodybuildeuse paumée venue d’Oklahoma, rêve de remporter un concours de culturisme à Las Vegas. Elle échoue dans la salle de muscu miteuse où végète Lou, la gérante. Cette dernière, jouée par Kristen Stewart, est la fille du tout-puissant notable du coin, inquiétant collectionneur d’insectes à la gâchette facile, qui cache bien des secrets. S’ajoute à l’intrigue la soeur de Lou, tabassée par son mari. Les deux jeunes femmes vont nouer une alliance amoureuse de choc, dans laquelle chacune va se révéler et qui s’avère sans pitié pour les hommes se mettant en travers de leur chemin. «A partir du moment où il était question de tas de muscles et d’armes à feu, l’Amérique était l’endroit qui faisait le plus sens», a expliqué la réalisatrice britannique Rose Glass, lors de la présentation hors compétition du film à la dernière Berlinale. Après avoir exploré le genre horrifique dans son premier long-métrage, «Saint Maud» (2019), elle emprunte pour ce deuxième opus au fantastique et au film de revanche, s’inspirant à la fois de David Cronenberg et de «Showgirls» de Paul Verhoeven. Ainsi qu’au pur cinéma de genre. 

Réactions lesbophobes : «La façon qu’a le film de rhabiller l’Amérique est drôle», a pour sa part souligné Kristen Stewart. «Il y a quelque chose de tellement mignon dans ce personnage», en rupture avec un père ultraviolent, «qui a subi tellement de misogynie mais qui ne veut pas être un méchant, plutôt quelqu’un de bien.» L’histoire d’amour enfiévrée entre Lou et Jackie est au coeur de ce film très rock, mais ni sa réalisatrice ni l’actrice ne veulent en faire un porte-étendard du cinéma queer. «J’ai essayé de ne pas me mettre la pression sur la question de la représentation mais seulement de raconter l’histoire la plus intéressante possible», a déclaré Rose Glass à Berlin. «L’époque où les films queer n’étaient que des films queer est terminée !», a de son côté clamé Kristen Stewart. L’actrice de 34 ans, découverte dans «Twilight» aux côtés de Robert Pattinson avant de faire son chemin entre grosses productions et cinéma indépendant, notamment chez Olivier Assayas, est devenue l’un des visages de la visibilité LGBT au cinéma. Mais elle estime que les choses doivent avancer et l’orientation sexuelle des personnages ne plus être un sujet en soi. «Je suis dans l’idée de déterrer des perspectives laissées de côté, sans uniquement se pencher sur pourquoi elles sont laissées de côté mais plutôt sur la vraie expérience des gens, ce qu’ils aiment, leurs désirs, d’où ils viennent, où ils vont. Et ne pas agir comme si on devait tout le temps monter à la tribune et être le porte-parole de tout le monde», a-t-elle développé. Présenté à Sundance et Berlin, le film a connu un accueil agité à Bruxelles, où il était programmé en avril lors d’un festival de films fantastiques, le BIFFF. La séance a été perturbée par les réactions homophobes de certains membres du public, qui ont provoqué, sur place puis sur les réseaux sociaux, la colère de membres de la communauté LGBTQIA+. Le festival, expliquant qu’il était connu pour son «public très expressif pendant les séances», a condamné des propos contraires à ses «convictions et valeurs».