L. RICHARD (Forbidden Stories) : «Sur le plan narratif et artistique, le documentaire d’investigation se renouvelle»

287

Quarante journalistes internationaux, issus d’une trentaine de médias, et membres du réseau Forbidden Stories, ont décidé de collaborer à la série documentaire «Projet Green Blood» diffusée dimanche 1er mars sur France 5. Détails avec Laurent RICHARD, Fondateur et directeur exécutif de Forbidden Stories.

media+

Qu’est-ce que Forbidden Stories ? Quelle est sa vocation ?

Laurent RICHARD

Forbidden Stories est un réseau international de journalistes dont la mission est de poursuivre et publier le travail d’autres journalistes qui sont menacés, emprisonnés ou assassinés. Objectif : donner accès à l’opinion publique aux investigations, révélations et informations que certains souhaitaient cacher ou passer sous silence. Chaque année, nous essayons de monter une grande enquête. Chacune d’entre elles ont un point commun, il y a un tueur en liberté. On prend donc le temps de savoir ce qu’il en est, de voir comment nous pouvons apporter des éléments nouveaux. Les journalistes d’investigation du «Projet Green Blood» travaillent pour les plus grandes rédactions de leur pays : «Le Monde», «El Pais», «The Guardian», «Suddeutsche Zeitung»… Nous travaillons tous ensemble et à la fin, nous publions simultanément nos enquêtes basées sur le même travail. Au-delà de cette démarche, il est important de raconter l’investigation à travers un documentaire pour la télévision. Nous le produisons via notre société, Forbidden Films. 

media+

Quelle est l’origine de la collection documentaire «Projet Green Blood» (4X52’) diffusée en soirée continue dimanche 1er mars sur France 5 ?

Laurent RICHARD

Ce projet a été proposé il y a 1 an et demi à France Télévisions. En guise de présentation, je leur ai expliqué que ces dix dernières années dans le monde, au moins 13 journalistes ont été assassinés alors qu’ils enquêtaient sur des scandales environnementaux. Des dizaines d’autres ont été emprisonnés, arrêtés ou censurés. Sur cette base, nous avons eu carte blanche pour raconter l’histoire sans commentaires. Le collectif de reporters a enquêté simultanément dans trois pays, l’Inde, le Guatemala et la Tanzanie. Nous avons voulu raconter les rebondissements de nos recherches au téléspectateur en lui offrant un vrai point de vue comme s’il était embarqué avec nous, aux côtés des enquêteurs, sur des terrains dangereux. Forbidden Films s’est associée à French Kiss Pictures, une société de production spécialisée dans la fiction. On arrive ainsi à renouveler le genre de l’investigation en proposant une série documentaire filmée comme un polar. Notre budget global est de 880.000 €, ce qui comprend les apports de France Télévisions, Mediawan Rights notre distributeur et du CNC.

media+

Quels sont les autres projets du collectif Forbidden Stories ?

Laurent RICHARD

Nous ne pouvons pas communiquer sur les productions en cours puisqu’elles relèvent de la confidentialité de l’investigation internationale. En revanche, elles peuvent aussi bien porter sur le crime organisé, la corruption que les crimes environnementaux.

media+

En tant que cofondateur de «Cash Investigation», comment le genre investigation se renouvelle-t-il à la télévision ?

Laurent RICHARD

Actuellement, nous sommes dans l’une des périodes les plus excitantes pour le documentaire sur le plan narratif et artistique. A l’avenir, je souhaite explorer les formes les plus modernes du journalisme tout en m’interrogeant sur la façon d’en faire un récit captivant. En France, il y a un vrai appétit pour l’investigation. Les gens ont même soif d’info même s’il y a un vrai déficit de confiance envers les journalistes. C’est pourquoi, rétablir la confiance, c’est aussi montrer comment nous faisons du journalisme. En filmant les coulisses d’un projet collaboratif d’envergure, et en racontant ce à quoi nous sommes confrontés, comme la dangerosité des enquêtes sur le terrain. Ça a un vrai sens …