La chaîne L’Equipe fête ses 25 ans

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Biathlon, basket, tennis de table… La chaîne L’Equipe fête ses 25 ans, forte d’une stratégie de diffusion en clair de sports moins médiatiques et onéreux que le foot, son patron «assumant» un «traitement cocardier» à l’approche des JO-2024. Avec 35 millions d’euros de budget par an, l’antenne du groupe éponyme n’a pas les moyens de s’offrir les Jeux Olympiques, qui seront diffusés sur France Télévisions et Eurosport. Mais «la majorité des athlètes qui porteront le maillot français entre le 26 juillet et le 11 août vont passer sur la chaîne L’Equipe dans les six mois à venir», fait valoir son directeur depuis 2019, Jérôme Saporito. Pongistes, triathlètes, basketteurs 3×3, escrimeurs, judokas, handballeurs… «Tous ces athlètes doivent se préparer et tous ne sont pas qualifiés», rappelle-t-il. L’antenne 21 de la TNT, qui s’est mise à retransmettre des événements sportifs en 2015, en diffuse une soixantaine souvent délaissés par les mastodontes TF1, Canal+ ou Amazon. De quoi tirer son épingle du jeu dans un contexte d’ultra-concurrence et d’émiettement des droits télé. Initialement chaîne d’information sportive, lancée sous le nom L’Equipe TV en 1998 sur CanalSatellite, la déclinaison du quotidien sportif de référence vient tout juste d’annoncer la prolongation de son contrat pour la diffusion des 24 Heures du Mans jusqu’en 2025. Et le Championnat de France de basket-ball Élite, acquis en partenariat avec la plateforme payante Skweek jusqu’en 2030, est récemment venu compléter son portefeuille. Le basket français est «un sport à construire, c’est notre vocation de construire comme on l’a fait pour le biathlon», devenu le «sport numéro un en hiver» grâce à son exposition en clair et malgré la retraite du quintuple champion olympique Martin Fourcade, explique Jérôme Saporito. «On a signé sept ans, c’est rarissime, parce qu’on sait nous et eux (la ligue) qu’on a besoin de temps» pour installer ce sport «baladé» de diffuseur en diffuseur depuis «trente ans», à l’inverse du rugby, beaucoup plus médiatique malgré un nombre de licenciés bien moindre. Cette stratégie de retransmission, «modèle unique au monde» pour une chaîne sportive gratuite, couplée à des rendez-vous phares comme le talk-show «L’équipe du soir» et à 10% de programmes non sportifs (le film Terminator sera diffusé jeudi soir) s’avère payante. De 0,1% à son lancement sur la TNT en décembre 2012, sa part d’audience a atteint 1,6% en novembre, selon Médiamétrie. Et la chaîne se rapproche depuis «deux ans» de l’équilibre financier, selon Jérôme Saporito, qui prédit une année 2023 «en vert clair» ou «en rouge très clair». «Porte d’entrée» sur l’ensemble du groupe (plateforme et quotidien), elle cultive aussi un prisme «franco-français», en surfant par exemple sur le succès au tennis de table des frères Félix et Alexis Lebrun, dont elle diffuse les matches, réservant l’intégralité des Championnats du monde aux chaînes numériques de l’Equipe. «Tout ce qui est estampillé bleu blanc rouge, pour nous, a un surcroît de valeur», assume Jérôme Saporito, dont l’antenne a récupéré les droits des Bleuets de Thierry Henry jusqu’en 2025. Pour preuve, la victoire des tricolores au Mondial de rugby des moins de 20 ans a rassemblé 1,6 million de téléspectateurs mi-juillet. Un joli score, proche du record des 2 millions enregistrés pour la cérémonie du Ballon d’or 2022, qui a couronné le Français Karim Benzema, soit «la plus grosse audience de la TNT» ce soir-là. Rançon du succès, ses concurrents pourraient être tentés de lui chiper des droits jusqu’alors peu courus, comme ceux de la NFL (football américain), acquis cette année par M6. «C’est le jeu. Il y aura des droits qui vont nous échapper, on essaiera d’en reconstruire d’autres», répond Jérôme Saporito, vantant la «marge de progression» de la chaîne. «On est comme un club de foot, nous, on n’est pas le Real Madrid» mais plutôt «Reims»: «ils n’arrêtent pas de jouer au foot parce qu’ils savent qu’ils ne vont pas gagner la Ligue des champions».