La Cnil lance des investigations sur la fuite de données médicales

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«Qu’est-ce qu’on peut faire face à ça?» Des informations médicales sensibles pour près de 500.000 personnes en France se sont retrouvées sur internet, une fuite de données d’une «gravité particulière» selon la Cnil, qui a plongé les patients dans l’incompréhension et la colère. «Dieu merci, je n’ai aucune maladie… J’irai demain matin me plaindre auprès de la Sécurité sociale. Ce n’est pas normal qu’il y ait un piratage au niveau de notre carnet de santé (sic)», se plaint, Aïcha, 36 ans, après avoir appris la nouvelle. Un fichier comporte 491.840 noms, associés à des coordonnées (adresse postale, téléphone, email) et un numéro d’immatriculation à la sécurité sociale. Ces noms sont parfois accompagnés d’indications sur le groupe sanguin, le médecin traitant ou la mutuelle, ou encore de commentaires sur l’état de santé (dont une éventuelle grossesse), des traitements médicamenteux ou des pathologies (notamment le VIH).Selon la rubrique de vérification Checknews du quotidien «Libération», qui a enquêté sur le sujet, les données proviendraient d’une trentaine de laboratoires de biologie médicale, situés pour l’essentiel dans le quart nord-ouest de la France. La Cnil, gendarme de la protection des données personnelles, a lancé mercredi des contrôles pour établir les manquements responsables a-t-elle indiqué. Si l’ampleur de la fuite était vérifiée, l’affaire présenterait «une gravité particulière» au regard du nombre de victimes et de la sensibilité des informations médicales diffusées, a estimé Louis Dutheillet de Lamothe, secrétaire général de la Commission nationale Informatique et Libertés. La Cnil n’avait cependant pas été notifiée mercredi d’une telle violation de données par la ou les entreprises responsables, comme cela est requis dans un délai de 72 heures par le règlement européen sur la protection des données (RGPD). Le RGPD prévoit pour ce type d’incidents des sanctions pouvant atteindre 4% du chiffre d’affaires. «S’il existe un risque élevé pour les droits et libertés des personnes physiques, les entreprises doivent également notifier individuellement» les victimes de la fuite, a ajouté M. Dutheillet de Lamothe. «Je suis du genre «vivons heureux vivons caché»» mais «qu’est-ce qu’on peut faire face à ça?», s’interroge Amélie, 34 ans, autre victime. «Je n’ai pas une vie passionnante à ce niveau-là, quel est leur intérêt?». «Je ne sais pas quoi faire c’est la première fois que ça m’arrive», avoue la jeune maman. «Est-ce que le gouvernement va retirer tout cela?». L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’informations (Anssi) a indiqué avoir identifié l’»origine» de la fuite des données de santé, et l’avoir signalée au Ministère des Solidarités et de la Santé en novembre 2020. «Les recommandations nécessaires ont été données par l’Anssi pour traiter l’incident», a-t-elle ajouté sans donner aucun détail supplémentaire. Selon Damien Bancal, journaliste spécialisé qui a le premier identifié la fuite le 14 février sur son blog Zataz, ce fichier était l’objet d’une négociation commerciale entre plusieurs pirates sur un groupe Telegram spécialisé dans l’échange de bases de données volées. L’un d’entre eux l’a diffusé sur le web suite à une dispute. «500.000 données, c’est déjà énorme et rien n’empêche de penser que les pirates en possèdent encore beaucoup plus», a-t-il indiqué. Cette fuite massive de données médicales intervient dans un contexte de cyberattaques visant de plus en plus les établissements de santé. «Il y a eu 27 cyberattaques d’hôpitaux en 2020 et depuis le début de l’année 2021, c’est une attaque par semaine», relevait ainsi la semaine dernière le secrétaire d’Etat chargé du numérique, Cédric O. Ces hôpitaux, laboratoires ou plateformes, qui gèrent des données sensibles, sont devenus des cibles privilégiées depuis la crise sanitaire. Le président Emmanuel Macron a présenté le 18 février un plan d’un milliard d’euros destiné à renforcer leur cybersécurité.