La success-story des influenceurs Golo et Ritchie

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Golo et Ritchie n’ont rien du profil type de stars du web: l’un est atteint d’autisme léger, l’autre filme leur amitié depuis des années à la Grande Borne, une des cités les plus pauvres de France. Pourtant, les 2 trentenaires sont suivis par 1,5 million de personnes sur Snapchat, 700.000 sur Instagram ou encore 500.000 sur Tiktok et, consécration, un film sur leur histoire sortira en salles cet été. «On ne réalise pas, c’est complètement fou. Passer de Snapchat au cinéma, dans le monde d’internet ça n’arrive jamais!», s’enthousiasme Golozer, dit Golo, après la projection en janvier en avant-première du documentaire «Golo et Ritchie» au festival de l’Alpe d’Huez, dont la sortie en salles est prévue le 3 juillet. A l’issue de la séance, «des mères de familles en pleurs» sont même allées voir le duo pour «les remercier de la joie qu’on leur apportait». Tous sont attachés aux mimiques de Ritchie, à la bouille ronde et à la personnalité attachante, face aux très nombreuses facéties de son compère. «Ce que j’aime le plus chez Ritchie, ce sont ses réactions magiques! Malgré sa maladie, il est super développé», explique Golo. Depuis leur quartier du Méridien à Grigny (Essonne), ils proposent à leurs abonnés des vidéos quotidiennes remplies d’humour, se mettant en scène en bas des blocs, dans leur clio, ou encore au snack avec les potes, mais toujours «au naturel, sans filtre, et toute en improvisation». Après leurs 1ères vidéos, les avis sont pourtant partagés. «La majorité des personnes ont «kiffé» ce qu’on faisait, ont trouvé ça très drôle, mais d’autres ont pensé que je me moquais de lui», raconte encore Golozer. Il raconte même avoir «dû convaincre sa famille, expliquer qu’il n’y avait aucune moquerie derrière et que tout était bienveillant». Mais très vite, tous sont emportés par la complicité du duo et soulignent l’évolution positive de Ritchie grâce aux vidéos, qui peu à peu se désinhibe. «Il s’est ouvert aux autres depuis qu’on a commencé, il a pris confiance, il est moins fermé. On voit un vrai changement dans son rapport avec des inconnus», estime Golo. Celui qu’il considère comme son «frère», a lui exercé dans la préparation de commandes, dans une entreprise de carrelage ou même dans la menuiserie, la plupart du temps poussé par son proche compère. Rien ne le prédestinait à devenir celui à qui on demande maintenant des selfies dans la rue. A travers leur communauté, ils tentent aussi de sensibiliser à la différence et au handicap. Avec Ritchie, mais aussi auprès d’autres potes du quartier, parfois aussi diagnostiqués autistes, Golo veille à la bonne intégration de chacun. «A Grigny, si je n’aide pas les gens qui en ont besoin, qui va le faire?», s’interroge-t-il. «On leur parle comme à n’importe qui. C’est ça qu’on doit faire, ils sont mieux avec nous que dans des centres spécialisés». Un parcours hors du commun remarqué par le rappeur Booba, dont Ritchie est fan, mais aussi de nombreux sportifs comme le footballeur Paul Pogba. Il y a deux ans, ils tapent aussi dans l’oeil des réalisateurs Ahmed Hamidi et Martin Fougerol, qui repèrent chez eux l’occasion «de parler du quartier sans cliché». Renvoyé de son centre éducatif, Ritchie se voit alors proposer un défi par Golo: quitter le quartier et parcourir la France en tandem, de Marseille à Grigny, pour «pédaler dans la même direction». «On leur a dit: «on veut montrer les gens simples qui représentent 99.99% des gens des quartiers», explique Martin Fougerol. «Votre quartier, vous l’avez filmé dans tous les sens, maintenant on va à l’autre bout de la France vivre une aventure». Le résultat est étonnant, voire émouvant. Sur leur tandem, ils gravissent le Mont Vantoux sous une pluie battante, dorment dans une ferme, ou encore dans un centre social. On voyage avec eux en partageant leurs doutes, leurs souffrances physiques mais surtout leur amitié sans faille. «Depuis le film, Golo et Ritchie ça ne fait plus qu’un. Tout va être encore plus fort», prédit-il encore.