Laëtitia MOREAU (SCAM) : « Le moment est venu de réformer et d’augmenter la contribution à l’audiovisuel public »

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Mardi 23 juin, à l’occasion de l’édition connectée du Sunny Side of the Doc, la Scam a organisé une conférence de presse en ligne pour dresser un bilan de la situation et exposer son point de vue sur le genre documentaire et le rôle des auteurs et des autrices dans ce secteur.

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Quelle est votre implication lors de cette édition connectée du Sunny Side of the Doc ?

LAËTITIA MOREAU

Mardi 23 juin 2020, Hervé Rony, directeur général de la Scam, et moi-même, avons mené une conférence pour évoquer l’actualité liée au secteur. Le documentaire a le vent en poupe et il est porté par de nombreux auteurs passionnés. Lors de cette édition connectée, nous avons aussi dévoilé le palmarès de nos 30 Étoiles 2020, soit 30 récompenses.

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Que représente ce palmarès ?

LAËTITIA MOREAU

Près de 450 œuvres concouraient cette année aux Etoiles de la Scam qui distinguent des œuvres documentaires, reportages unitaires ou séries diffusées sur des chaînes de télévision ou plateformes. Nous en avons retenu 30. Avec cette initiative, la Scam affirme son soutien aux auteurs en mettant à l’honneur leur créativité, leur originalité et leur rigueur. Ce palmarès reflète la diversité de la création actuelle mais aussi l’importance des diffuseurs qui ont participé au financement de 28 des 30 œuvres récompensées. Alors qu’Arte se distingue avec sept films étoilés, on remarque également une belle présence de la RTBF qui a aussi co-produit sept films étoilés.  La présence renforcée de films co-produits par des chaînes privées illustre par ailleurs l’appétence grandissante de l’audience et donc des diffuseurs pour le genre documentaire. On retrouve en effet ces chaînes privées au générique de 14 films contre 9 l’an dernier. Les auteurs distingués recevront une dotation de 4.000 euros.

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Comment avez-vous géré cette situation de crise ?

LAËTITIA MOREAU

La Scam a répondu à toutes les sollicitations des auteurs et a rapidement mis en œuvre une politique de soutien direct pour atténuer les effets de la crise liée à l’épidémie. Elle a d’abord relevé les plafonds des avances sur droits de 60 à 90%. Ainsi, un auteur ou une autrice peut demander le versement immédiat d’une avance sur des droits en instance de répartition. La Scam a également renforcé de plus de 800.000 euros le budget de son fonds d’action sociale et de solidarité. Pour les auteurs audiovisuels, elle a ouvert un fonds d’urgence spécifique en signant avec le CNC une convention pour pourvoir à son financement. Enfin, durant la période de confinement, la Scam et les syndicats de producteurs ont maintenu le dialogue notamment sur les mesures de mise au chômage partiel des réalisateurs et réalisatrices et sur le maintien par l’Etat de la mesure de remboursement aux producteurs des indemnités d’activité partielle.

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Quel est votre regard sur l’évolution du projet de loi Audiovisuel ?

LAËTITIA MOREAU

Le projet de loi Audiovisuel n’existe plus en l’état, et sera adopté de façon morcelée. La transposition des directives de l’Union Européenne qui devrait permettre un meilleur partage de la valeur entre les industries et les créateurs sera assurée par décrets, après que le Parlement aura donné son accord en juillet pour la directive SMA, en septembre pour les directives «droit d’auteur» et «CabSat». Sur le plan institutionnel et démocratique, la Scam regrette évidemment l’interruption du processus parlementaire déjà bien engagé, mais se félicite que le gouvernement ait pris acte que la relance du secteur culturel passe par les transpositions, urgentes, de ces directives.

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Et qu’en est-il pour l’audiovisuel public ?

LAËTITIA MOREAU

Quel que soit le choix fait en matière de gouvernance du service public, la Scam estime essentiel de refonder son financement. En ces temps de crise sanitaire, l’audiovisuel public a démontré à quel point sa mission est cardinale pour la démocratie. Il a su rassembler les Françaises et Français et s’adapter rapidement en confortant sa mission informative et pédagogique. Les pouvoirs publics doivent en tirer les conclusions qui s’imposent. Sa place dans le secteur audiovisuel est essentielle et son financement doit donc être renforcé, au lieu d’être diminué comme cette année par une baisse d’un euro de la contribution à l’audiovisuel public. Ce renforcement devient d’autant plus crucial qu’il faudra faire face aux conséquences économiques désastreuses qui ne manqueront pas de suivre la crise sanitaire. Le moment est venu de réformer et d’augmenter la contribution à l’audiovisuel public.

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Le documentaire est-il suffisamment aidé financièrement ?

LAËTITIA MOREAU

Les données publiées par le CNC concernant 2019 confirment une tendance à la baisse du nombre d’heures aidées. La Scam souhaite pouvoir en débattre avec le CNC dès la rentrée pour mieux en identifier les raisons et ne pas laisser cette situation perdurer.