Le conflit autour de Huawei risque de déstabiliser toute l’industrie des composants informatiques

221

Le conflit autour de Huawei, géant chinois des télécoms placé sur liste noire par Washington, risque de déstabiliser tout le secteur des composants électroniques, industrie mondialisée par excellence avec ses circuits de production souvent complexes.

Les Américains Qualcomm et Intel notamment, qui figurent parmi les plus importants producteurs de puces électroniques, ont annoncé qu’ils ne fourniraient plus le groupe de Shenzhen (sud de la Chine), à l’issue de la période de sursis de 90 jours accordé par la Maison Blanche. «L’impact peut être énorme, même si nous ne savons pas encore comment les choses se feront concrètement. Qualcomm domine le marché sur les smartphones et Huawei sera sans doute tenté d’augmenter la production de ses propres puces pour y faire face», estime Bill Ray, directeur analyste pour le cabinet Gartner.

Les semi-conducteurs regroupent, sous ce terme générique, toute une série d’éléments utilisés dans les smartphones, tablettes, ordinateurs, serveurs et autres, permettant d’en assurer le fonctionnement, de la mémoire au processeur en passant par divers types de capteurs, parmi d’autres. Une industrie très concurrentielle, qui représentait plus de 475 milliards de dollars de revenus en 2018, selon Gartner, et largement dominée par des acteurs asiatiques et américains, avec quelques acteurs européens. Sur ce marché mondialisé, aux chaînes de conception et de production complexes passant souvent par plusieurs pays, la moindre variation peut avoir des effets en cascade. Les Européens STMicroelectronics, Infineon ou NXP ont par exemple fortement souffert en Bourse en début de semaine.

Pour tenter de reprendre un peu le contrôle, les constructeurs de smartphones ont développé ces dernières années leurs propres processeurs: Samsung avec Exynos, Huawei avec Kirin, Apple avec le A12 Bionic par exemple. «On risque de le voir de plus en plus, de la part de différents fabricants (de smartphones, NDLR). Ils pourraient également privilégier des entreprises locales, ce qui pourrait remettre en question la production mondialisée des puces», détaille Bill Ray.

Point commun de toutes ces puces: beaucoup reposent sur le travail de conception du britannique ARM, qui fournit les licences nécessaires à la fabrication. «Il y a deux grandes familles de puces, d’une part celle des X86, dominée par Intel et qui concerne le marché des PC et serveurs, de l’autre l’architecture ARM, qui est standardisée. Les fondeurs (fabricants de puces, NDLR) fabriquent sous licence leurs composants», détaille Julien Rousson, manager au cabinet Wavestone.

Or ARM pourrait également couper les ponts avec Huawei, selon la BBC. «Si Huawei perd ARM, il devra trouver un autre fournisseur de plan et de jeux d’instructions et on ne voit pas bien pour l’instant qui peut jouer ce rôle», estime un spécialiste du secteur, «la Chine n’a jamais caché son intention d’avoir cette capacité également, mais cela risque de prendre plusieurs années. Le ticket d’entrée est très élevé».