Le jeune cerveau d’un piratage de millions de données personnelles chez le géant de l’intérim Adecco en 2022 a été condamné vendredi à Lyon à six ans de prison ferme, une lourde peine lourde tenant compte de la myriade d’escroqueries en ligne «sophistiquées» qu’a permis ce vol. Près de 100.000 victimes avaient été identifiées dont quelque 6.000 parties civiles réclamant des dommages et intérêts et représentées par plus de 360 avocats lors d’un procès hors norme qui s’est tenu en juin dernier. Timothée Lhomond, âgé de 20 ans au moment des faits, et même 17 quand il a commencé ses arnaques sur le net, était le seul à comparaître détenu, incarcéré depuis deux ans. Ses 13 complices à différents niveaux jugés à ses côtés, en majorité très jeunes, ont également tous écopé de peines fermes, allant de 6 mois à 3 ans, dont certaines aménageables sous bracelet électronique. Ils encouraient jusqu’à 10 ans de prison et la procureure en avait requis sept ans contre Timothée Lhomond, le jeune «cerveau» de la fuite de données et de centaines d’escroqueries qui en ont découlé. Vendredi, la présidente du tribunal Brigitte Vernay a justifié la peine notamment par le nombre exceptionnel de préjudices causés à des milliers d’hommes et de femmes au moyen d’une «multitude d’escroqueries sophistiquées». Et parce que, en prison, il s’était procuré un téléphone pour en continuer certaines et tenter de suborner des témoins ou des complices. Quant au jeune employé d’Adecco France, âgé alors de 19 ans, qui, harponné par eux sur le darknet, avait livré à Timothée Lhomond et des complices ses codes d’accès à la banque de données de plusieurs millions d’intérimaires ou candidats à l’intérim, il a écopé de deux ans de prison dont un avec sursis. Pour le dédommagement des victimes, le tribunal correctionnel a renvoyé les demandes d’Adecco France, d’organismes publics comme la prestigieuse Caisse des Dépôts et Consignation (CDC), délestée de plus de 2,2 millions d’euros, et de compagnies d’assurance à une audience au civil le 30 novembre 2026, de même que certains particuliers. Parmi plus de 2.000 autres victimes qui avaient assisté au procès avec des centaines d’avocats par retransmission vidéo dans un amphithéâtre d’université ou en direct sur une webradio, le tribunal a rejeté certaines demandes et ordonné à six des condamnés d’indemniser les autres pour des sommes forfaitaires allant de 49,85 à 500 euros. Le tribunal a retenu un «préjudice moral d’anxiété», concernant le vol et la diffusion de données personnelles.


































