L’écrivain Joseph Ponthus lauréat du grand prix RTL/Lire pour «A la ligne»

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L’écrivain Joseph Ponthus a remporté jeudi le grand prix RTL/Lire pour son premier roman, «A la ligne – Feuillets d’usine», récit puissant tiré de son expérience d’ouvrier intérimaire dans l’industrie agroalimentaire en Bretagne. Texte sans ponctuation qui se lit comme un chant ou un poème enragé sur la condition ouvrière, sur ce que subissent les hommes et les bêtes, «A la ligne» est un livre qui fait entendre la voix de ceux qui en sont le plus souvent privés.

Le prix a été remis à l’écrivain dans la soirée à l’occasion de l’inauguration du Salon Livre Paris qui ouvrait ses portes au public vendredi. Âgé de 40 ans, Joseph Ponthus est arrivé en Bretagne pour y suivre sa compagne après des études supérieures à Reims et une vie d’éducateur spécialisé en région parisienne. Faute d’emploi à hauteur de ses diplômes, l’usine s’est imposée à lui «en attendant un vrai travail». «L’usine c’est pour les sous/Un boulot alimentaire/Comme on dit», écrit-il au début de son récit.

Ouvrier intérimaire, corvéable à merci concernant ses horaires, il trimera d’abord dans une usine de transformation de poissons et crevettes puis dans un abattoir. A l’usine de poissons on travaille dans le froid, le bruit, des odeurs entêtantes, l’humidité. «Le froid est supportable avec un gros pull-over un sweat-shirt à capuche deux bonnes paires de chaussettes et un collant sous le pantalon», écrit le nouvel ouvrier qui remarque d’ailleurs qu’on ne dit plus «ouvrier» mais «opérateur de production». Ponthus qui dédie «fraternellement» son livre «aux prolétaires de tous les pays aux illettrés et aux sans dents avec lesquels j’ai tant appris ri souffert et travaillé» n’est pas un révolutionnaire. «L’intérim, remarque-t-il, ruine toute organisation prolétaire». Il passe de la ligne des poissons frais à celle des poissons panés avant de travailler à l’égouttage du tofu puis à la cuisson des bulots («Le coquillage le plus con du monde»). Le corps s’épuise, se blesse.

Envoyé dans un abattoir il doit nettoyer le sang des bêtes abattues. «Du sang/Partout/Le premier truc/Le sang». Il lui faudra ensuite déplacer de lourdes carcasses de bovins suspendues à des rails. «Est-ce ainsi que les hommes vivent?», écrivait Aragon.

Joseph Ponthus, le lettré néo-ouvrier, «petit anarchiste de godille», ponctue son texte de références littéraires. On croise notamment Claudel (confondu sans doute volontairement avec Péguy), Beckett, Dumas, Rabelais, Apollinaire et Aragon… Et puis il y a Charles Trénet «sans les chansons duquel je n’aurai pas tenu» qu’on fredonne à tue-tête pour se donner de la joie.