L’équipe d’«Effacer l’historique» a fait souffler un vent de contestation lundi à la Berlinale

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Poing levé et gilets jaunes pour certains, l’équipe d’«Effacer l’historique» du duo français Kerven-Delépine, a fait souffler un vent de contestation lundi à la Berlinale, avec un film où trois anti-héros partent en guerre contre les géants du numérique.

En lice pour l’Ours d’or, le film réunit la comique Blanche Gardin, les acteurs Denis Podalydès et Corinne Masiero. C’est vêtue d’un gilet jaune qu’elle a pris part à la conférence de presse du film, en référence au mouvement social du même nom qui a éclos en novembre 2018 en France, sur fond de hausse des prix du carburant. Précisant qu’il ne s’agissait pas d’un vrai gilet de signalisation à revêtir en cas d’arrêt d’urgence, elle a réitéré son soutien au mouvement.

«Je pense qu’on est tous des gilets jaunes, à un moment on se rend compte qu’il faut ouvrir sa gueule. Ici, ailleurs, en Europe. Et ça bouge», a-t-elle lancé, après avoir levé le poing. Pour leur 10e long-métrage, Benoît Delépine et Gustave Kerven («Mammuth») se sont appuyés sur notre rapport au monde numérique pour brosser un tableau actuel, entre ubérisation du travail, exploitation des données personnelles, développement de l’intelligence artificielle…

Le film suit une mère de famille victime d’un chantage à la sextape, un père surendetté dont la fille est victime de harcèlement et une chauffeur de VTC dépitée par sa faible note professionnelle. Tous trois se sont connus sur un rond-point, un des lieux de contestation des gilets jaunes, deux ans plus tôt. Ecrasés par leurs problèmes d’argent, ils passent leur temps sur leurs portables à tenter de revendre des objets, à répondre aux sollicitations de démarcheurs appelant du bout du monde, à comparer les tarifs des mutuelles ou à appeler des numéros verts surtaxés. Jusqu’à ce qu’ils décident de ne plus subir et de s’en prendre directement aux géants du numérique. Pour le personnage de Blanche Gardin, il s’agira d’aller récupérer directement sa sextape dans un data center à Palo Alto, en Californie.

«On a pu croire que la vie privée est minime par rapport à d’autres problèmes plus importants, mais il est représentatif d’un cercle vicieux. Les Gafa sont d’immenses sociétés qui contrôlent le monde et ne paient pas d’impôts», souligne le réalisateur Gustave Kerven.

«Aujourd’hui, on porte tous des caméras de surveillance, on est devenus les instruments de contrôle de tout le monde», renchérit Blanche Gardin, très présente à l’affiche en ce début d’année avec deux films traitant du numérique («Selfie» et «#JeSuisLà»).