Les chaînes de télévision pakistanaises ont été interdites de diffuser les discours de l’ancien Premier ministre Imran Khan

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Les chaînes de télévision pakistanaises ont été interdites de diffuser les discours de l’ancien Premier ministre Imran Khan, qui fait campagne pour obtenir des élections anticipées, a annoncé l’organisme de surveillance des médias d’État. Chassé du pouvoir par une motion de défiance en avril, l’ex-Premier ministre pakistanais fait régulièrement pression sur la fragile coalition qui l’a remplacé, en prononçant des discours quotidiens et en organisant des rassemblements au cours desquels il multiplie les allégations de corruption.

Ex-star de cricket, l’homme de 70 ans est empêtré dans une série d’affaires juridiques complexes concernant notamment la déclaration et la revente de cadeaux reçus pendant son mandat. Dimanche, alors que la police tentait de l’arrêter à son domicile dans le cadre d’une affaire de corruption, l’autorité pakistanaise de régulation des médias électroniques (PEMRA) a interdit la diffusion en direct de ses discours et leurs rediffusions, avec effet immédiat.

«Je suis convoqué dans de fausses affaires (…) Ce sera un mauvais présage pour le pays si la nation ne se dresse pas contre les dirigeants corrompus», avait alors déclaré Imran Khan devant les centaines de partisans rassemblés autour de son domicile. La PEMRA a justifié sa décision en expliquant que l’ancien Premier ministre «émettait des allégations sans fondement et diffusait un discours de haine (…) contre les institutions et les fonctionnaires de l’État», ce qui est «susceptible de troubler la paix publique». Quelques heures après cet avis, l’organisme a également suspendu la chaîne de télévision privée ARY News, qui a apporté son soutien à M. Khan.

La Constitution pakistanaise permet de restreindre la liberté d’expression dans l’intérêt de «l’ordre public, de la décence ou de la moralité», une disposition qui, selon les groupes de défense des droits, vise à étouffer toute dissidence. Les chaînes de télévision reçoivent régulièrement l’ordre de modifier leur couverture pour des raisons politiques. Le mois dernier, le site de l’encyclopédie participative Wikipedia a été brièvement bloqué pour avoir prétendument hébergé du «contenu blasphématoire».

En 2018, Imran Khan avait balayé le pouvoir en place grâce à un électorat lassé de la politique dynastique des deux principaux partis pakistanais. Il a promis d’en finir avec la corruption et le copinage enracinés, mais s’est enlisé dans des allégations similaires. Imran Khan reste néanmoins extrêmement populaire auprès de la jeunesse et ses discours, relayés dans les médias sociaux, attirent un nombre considérable de téléspectateurs.