Louis de Funès, une valeur-refuge en temps de confinement

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Il squatte le petit écran soir et après-midi et fait à chaque fois hurler de rire des millions de Français: grâce à des rediffusions à la pelle, Louis de Funès s’impose plus que jamais comme une valeur-refuge, en temps de confinement. «Quand tout va mal, il reste Louis», estime l’internaute caché derrière le compte JustLouisdeFunes (sur Twitter et YouTube), qui commente l’actualité avec des extraits de films et mimiques de l’acteur. Beaucoup disent «qu’en regardant un de ses films, tu oublies tes soucis, au moins pendant 90’. Ça peut paraître idiot mais très peu d’acteurs ont ce pouvoir», poursuit l’anonyme. De Funès est une valeur-refuge par «la certitude que l’on a de toucher tous les publics avec ses films: les bourgeois, les prolétaires, les immigrés, les gens de droite, de gauche, les très très à droite, les très très à gauche et toutes les générations», renchérit le journaliste Bertrand Dicale, fan et auteur d’un dictionnaire consacré à l’acteur. Après avoir réuni 5 millions de spectateurs en plein après-midi devant «La grande vadrouille» – longtemps film roi du box-office en France avec 17 millions d’entrées, France 2 a récidivé en programmant dimanche «Les aventures de Rabbi Jacob», avant «La folie des grandeurs» et «Hibernatus» attendus dans les jours prochains. Pas en reste, M6 déroulait le tapis rouge lundi soir au gendarme Ludovic Cruchot. Enfin, Canal+ promet à ses abonnés «un marathon du rire» en avril via sa chaîne digitale éphémère «Ciné+ De Funès». L’occasion de revoir des films comme «Oscar» ou «Le grand restaurant» et d’écouter des fans comme Alain Chabat partager leur passion. Programmation choisie pour adoucir le confinement? Pas que, souligne la Cinémathèque française, où devait s’ouvrir une grande exposition consacrée à l’acteur début avril, avec des diffusions de films accompagnant l’événement sur le petit écran. N’empêche: «dans l’esprit de programmateurs, revoir des Louis de Funès c’est un peu des Madeleines de Proust», souligne Jean-Christophe Mikhaïloff de la Cinémathèque. «C’est clairement un antidépresseur!». «Sa filmographie correspond à un âge d’or de l’histoire de France, les 30 Glorieuses (1945-1975). C’est un peu le synonyme d’une France bienheureuse, du plein emploi, où on avait foi dans le progrès, développe le cinéphile. Ce succès inoxydable doit évidemment au jeu tout en grimaces et mimiques de celui qui fut, pendant les années 60-70, l’acteur numéro un du box-office, malgré le dédain d’une grande partie de la critique. S’il a aujourd’hui les honneurs de la Cinémathèque et depuis l’été dernier, un musée à son nom à Saint-Raphaël, dans le Var, il n’aura eu qu’un seul César (honorifique), en 1980, trois ans avant de décéder. «C’est un mime, c’est un peu notre Charlie Chaplin», estime Jean-Christophe Mikhaïloff. «Vous coupez le son et il se passe quelque chose» à l’écran. Et de Ludovic Cruchot à Victor Pivert (comme l’oiseau!), de Funès incarne également un même personnage, simultanément irascible, couard, égoïste, obséquieux et même raciste, comme dans «Rabbi Jacob». «C’est un archétype, c’est Polichinelle, soit un personnage mal intentionné, dont les projets malfaisants sont toujours contredits. Il nous donne à voir un homme qui échoue et ça nous émeut», analyse Bertrand Dicale. Un personnage universel, à rebours des théories sur son caractère franchouillard. «Tout le monde a un Louis de Funès autour de soi ou se reconnait en lui», souligne Jean-Christophe Mikhaïloff. Et de rappeler son immense succès en dehors des frontières hexagonales, de l’Allemagne à l’ex-URSS en passant par l’Afrique francophone.