M. MAS-GARRIDO (Visibrain) : «En 2020, la distinction entre médias traditionnels et réseaux sociaux est de plus en plus mince»

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Les téléspectateurs réagissent de plus en plus aux programmes TV sur les réseaux sociaux, comme le prouve une fois de plus le samedi 23 mai avec l’émission «On n’est pas couché». Le coup de gueule de Camémia Jordana sur la police engendré une fort polémique sur Twitter. L’occasion pour média+ d’analyser cette tendance avec Maïlys MAS-GARRIDO, Responsable marketing chez Visibrain.

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Suite à l’émission «On n’est pas couché» du samedi 23 mai, le #MoiAussiJaiPeurDevantLaPolice a pris forme sur twitter. Quelles sont vos données sur ce sujet ? 

Maïlys MAS-GARRIDO 

L’ampleur du mouvement #MoiAussiJaiPeurDevantLaPolice, a été conséquente, mais s’est rapidement tassée. En effet, on compte 117.246 tweets publiés en trois jours, dont la majorité, environ 71%, a été publiée entre le 25 et le 26 mai. Depuis, le mouvement derrière cet hashtag s’est calmé, même s’il est encore commenté (environ 1.000 tweets/heure). C’est Assa Traoré, militante antiraciste et soeur d’Adama Traoré, qui a propulsé le mouvement, grâce à une vidéo, où elle lance un appel pour soutenir Camélia Jordana, la chanteuse à l’origine de la polémique. S’en est suivi des dizaines de milliers de posts. Parmi les sujets les plus commentés, qui se cachent derrière le hashtag, nous retrouvons de nombreux témoignages (environ un tweet sur deux). Plus récemment, la mort d’un jeune homme aux États-Unis, tué par un policier en pleine rue, a été associée à ce mouvement. 

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Comment expliquer cette nouvelle tendance de «déplacer» un débat télévisuel vers les réseaux sociaux ? 

Maïlys MAS-GARRIDO 

En 2020, la distinction entre médias traditionnels et réseaux sociaux est de plus en plus mince. Ainsi, le social media tend à devenir média. Avant, pour acter le phénomène de crise sur les réseaux sociaux, il fallait que la polémique soit suffisamment importante pour que la presse s’empare du sujet. Maintenant, nous avons affaire à une situation inversée. Et ce n’est pas la première fois que cela arrive. En septembre 2018, par exemple, Éric Zemmour réalise un tollé médiatique sur le plateau des «Terriens du dimanche» (C8) à cause de ses propos racistes envers Hapsatou Sy. En tout, plus de 150.000 tweets ont été publiés suite à son passage dans l’émission. De la même manière, les propos de Yann Moix sur C8, toujours en 2018, envers les forces de l’ordre, avaient eux aussi fait l’objet d’une indignation sur Twitter (environ 14.000 messages). 

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Des émissions se démarquent-elles et sont-elles omniprésentes sur les réseaux sociaux en termes de discussion ? 

Maïlys MAS-GARRIDO 

De nombreuses émissions, traitant le plus souvent de problèmes de société, sont largement commentées sur Twitter. Par exemple, «Cash Investigation» fait régulièrement l’objet d’un affrontement des communautés sur le réseau social, générant de nombreux débats. Nous avons d’un côté les supporteurs de l’émission et d’Élise Lucet et de l’autre, la communauté de l’entreprise ou de l’organisme sur lequel porte l’émission. De manière plus légère, des émissions de divertissement, telles que «KohLanta» (TF1), «TheVoice» (TF1) ou encore «TopChef» (M6) font l’objet de plusieurs dizaines, voire centaines, de milliers de messages chaque semaine.