Manifestations pacifiques: la Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme plaide pour un moratoire de la reconnaissance faciale

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La Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme a plaidé jeudi pour un «moratoire» sur l’utilisation de la technologie de reconnaissance faciale lors des manifestations pacifiques, craignant qu’elle n’amplifie les discriminations notamment à l’encontre des personnes d’origine africaine. L’appel de Michelle Bachelet intervient alors que depuis la mort de George Floyd, un quadragénaire noir asphyxié par un policier blanc à Minneapolis le 28 mai, les Américains réclament, lors de manifestations dans tout le pays, des réformes de la police et les militants plaident notamment pour l’abandon de cette technologie. Plusieurs entreprises, comme Amazon, IBM ou Microsoft ont suspendu la vente de ces logiciels d’identification à la police, tant que des règles claires n’auront pas été fixées. «La reconnaissance faciale ne devrait pas être utilisée dans le cadre de manifestations pacifiques sans la mise en place de garanties essentielles en matière de transparence, de protection des données et de surveillance», a déclaré Michelle Bachelet. Son appel est au coeur d’un rapport que le Haut-Commissariat a publié jeudi, examinant l’impact des nouvelles technologies sur la protection des droits humains dans le contexte des rassemblements, y compris des manifestations pacifiques. Ce rapport avait été demandé il y a 2 ans par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, mais sa publication intervient alors que les manifestations, notamment en réponse à la discrimination structurelle et raciale et à l’aggravation des conditions socio-économiques se multiplient dans le monde. Selon le Haut-Commissariat, de nombreuses personnes n’osent plus manifester dans des lieux publics et exprimer librement leurs opinions, car elles craignent d’être identifiées par la surveillance et le suivi automatisés des manifestants et d’en pâtir. En outre, relève-t-il, «la technologie de reconnaissance faciale risque de perpétuer et d’amplifier la discrimination, notamment à l’encontre des personnes d’ascendance africaine et d’autres minorités». «Alors que les gens se rassemblent dans le monde entier pour protester contre le racisme, y compris de la part des forces de l’ordre, le droit de réunion pacifique n’a jamais été aussi important», a souligné Mme Bachelet. Elle demande par conséquent que la technologie de reconnaissance faciale dans le cadre de manifestations pacifiques fasse l’objet d’un moratoire, jusqu’à ce que les Etats remplissent certaines conditions en matière de respect des droits humains. Ces conditions comprennent notamment «une surveillance efficace et indépendante de son utilisation, des lois strictes sur la protection de la vie privée et des données, et une transparence totale quant à l’utilisation des enregistrements d’images et de la technologie de reconnaissance faciale dans le contexte des rassemblements».Plus généralement, le rapport souligne que la surveillance technologique a été un facteur déterminant dans la réduction de l’espace civique dans de nombreux pays. Le Haut-Commissariat demande en outre aux Etats d’éviter de recourir aux blocages de l’accès à internet, également appelés «coupures de réseau» ou encore «coupe-circuits», qui selon le rapport interfèrent avec les rassemblements. Enfin, la Haut-Commissaire demande que l’utilisation des nouvelles armes à létalité réduite, comme les lanceurs de gaz poivre, les armes acoustiques et les systèmes autonomes de lancement de gaz lacrymogène, soient «de toute urgence étroitement surveillée». «Les prétendues armes à létalité réduite ont causé des dommages catastrophiques lors de manifestations pacifiques à travers le monde», a-t-elle relevé.