Norman, un geek au visage juvénile et à l’image ternie

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Pionnier français de YouTube devenu célèbre à coups de vidéos humoristiques, Norman Thavaud a ouvert la voie à toute une génération d’influenceurs vivant des réseaux sociaux, où ce trentenaire accusé de viol fait figure d’ancien. «On est sur une sorte de château de cartes avec les autres youtubeurs», déclarait le vidéaste en 2017, alors qu’il s’apprêtait à apparaître dans la série de France 2 «Dix pour cent». «A tout moment, tout peut s’effondrer», ajoutait celui qui amuse la toile depuis 2011 et ses premiers succès sur sa chaîne YouTube, «Norman fait des vidéos». Pas spécialement passé de mode, le troisième youtubeur le plus suivi de France compte toujours près de 12 millions d’abonnés et 2,7 milliards de vues, derrière Cyprien (14,4 millions) et Squeezie (17,6 millions). Mais sa garde à vue pour viol et corruption de mineurs, entamée lundi et levée mardi soir sans poursuites à ce stade, après les plaintes de six jeunes femmes, ternit l’image du geek au visage juvénile et aux boucles châtain. En 2020, une fan québécoise l’avait déjà publiquement accusé de l’avoir manipulée à 16 ans pour obtenir des photos et vidéos intimes. Et deux ans plus tôt, plusieurs témoignages l’avaient ciblé dans le cadre du mouvement «balancetonyoutubeur», après un tweet de Squeezie sur ceux qui profitent «de la vulnérabilité psychologique de jeunes abonnées pour obtenir des rapports sexuels». Même si ce dernier a assuré par la suite que cela ne visait «pas du tout» Norman. Lundi, le groupe Webedia (AlloCiné, PurePeople…) a annoncé suspendre sa collaboration avec l’icône de 35 ans, qui a séduit toute une génération en parodiant la vie quotidienne depuis sa coloc’ de Montreuil (Seine-Saint-Denis). Il a ainsi décrit avec justesse «la crise des 25 ans» puis celle «des 30 ans», tandis que ses abonnés l’ont vu perdre son chat Sergi ou devenir papa d’une petite fille avec l’influenceuse Martha Gambet. Né à Arras en 1987, ce petit-fils de mineurs «typiquement Chti» a quitté Liévin (Pas-de-Calais) pour Paris au début des années 2000 après le décès de sa mère, emportée par un cancer. Le monteur de formation, qui faisait le clown avec sa soeur devant la caméra de son père, réalisateur de films institutionnels, fait ses premiers pas en ligne au sein du trio comique «Le Velcrou» avec ses amis Hugo Dessioux (Hugo Tout Seul) et Marc Jarousseau (Kemar) sur Dailymotion.Mais c’est en solo que survient le «buzz», à la faveur d’une pastille, «le club de Ping Pong», postée sur YouTube début 2011. S’ensuit un succès fulgurant, avec des vidéos comme «Luigi clash Mario» (91 millions de vues) ou «Avoir un chat» (37 millions de vues), qui lui permet de gagner sa vie sur la plateforme de Google. Discret sur ses revenus, l’égérie des marques Orange et Crunch «touche le jackpot» («2,2 millions d’euros», selon BFM Business) en 2016 lors de la vente à Webedia de la régie publicitaire partagée avec Squeezie et Cyprien. Il s’essaie aussi aux circuits conventionnels, à la télévision, pour la série courte «Presque adultes» sur TF1, ou au cinéma («Mon Roi», «Pas très normales activités»). Des expériences toutefois moins fructueuses que son passage au stand-up, son premier one-man-show, lancé en 2015, ayant attiré 400.000 spectateurs en trois ans. Le deuxième, «le spectacle de la maturité», a été interrompu prématurément par la crise sanitaire et lui a valu des critiques après une blague sur une femme noire incarnant James Bond. Interrogé à l’époque sur l’avenir de YouTube, le vétéran regrettait que ses confrères soient devenus «un peu tous des clones». L’attention s’est depuis déportée sur d’autres plateformes comme TikTok, plébiscitée par les plus jeunes, où un passionné de jeux vidéo comme Michou glane plus d’abonnés (7,8 millions) que lui (moins d’un million). «Dans ce business au bout de cinq ans vous êtes un dinosaure», estime le co-auteur de ses spectacles, Kader Aoun.