Orange: des employés en grève revendiquent «un rapport de force équilibré»

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Salaires, recrutements, investissements: des employés d’Orange ont répondu mardi à l’appel national à la grève lancé par quatre syndicats, une mobilisation dont les organisateurs espèrent pouvoir se servir pour créer un «rapport de force». Devant le siège d’Orange à Issy-les-Moulineaux, une bonne centaine de personnes étaient réunies sous un généreux soleil en fin de matinée. «Notre charge de travail ne cesse d’augmenter et nous ne sommes pas récompensés en conséquence. Les bénéfices d’Orange vont principalement aux actionnaires et pas aux salariés», déclare Marie-Pierre, chargée des réclamations et entrée chez France Télécom (l’ancien nom d’Orange) en 1992. Drapeau de la CGT FAPT à la main, le délégué syndical central adjoint, Matthieu Prudhomme, déplore «un dialogue social au plus bas». «On revendique un rapport de force équilibré, que la direction ne prenne pas des décisions unilatérales», détaille l’informaticien, embauché par Orange il y a six ans. La mobilisation de mardi est organisée par l’intersyndicale CFDT-CGT-FO-Sud, les quatre syndicats qui avaient déjà refusé cet été de signer l’accord issu des négociations annuelles obligatoires (NAO) sur les salaires.En juillet, la direction avait dégagé un «budget global de 1,8% des salaires dédié aux augmentations salariales pour l’année 2021». «On s’amuse à compter les effets de ces mesures en nombre de «McDo» supplémentaires par an. C’est vous dire à quel point on trouve ça ridicule», cingle Matthieu Prudhomme. Alors qu’Orange espère réaliser un milliard d’euros d’économies d’ici 2023, les syndicats demandent «des recrutements pérennes», «l’arrêt de tous les projets de restructuration» ou encore «un investissement massif dans de réelles politiques sur l’emploi, les salaires, la R&D et le développement et maintien des réseaux». Seule la CFE-CGC, premier syndicat de l’opérateur et signataire de l’accord consécutif aux NAO, ne s’est pas associée à l’appel à la grève. «Une communication sur la grève, ça ne se fait pas sur des choses irréalistes», dénonce Sébastien Crozier. Le président de la CFE-CGC Orange, dont les préoccupations convergent avec celles d’autres syndicats sur certains points, se dit perplexe quant aux demandes «excessives» des autres organisations en matière salariale. Même sans la CFE-CGC, la CGT FAPT (3e syndicat) anticipait une mobilisation importante. Elle a ainsi annoncé des rassemblements dans «toutes les directions opérationnelles» d’Orange, notamment à Lyon, Marseille, Toulouse, Nantes, Bordeaux ou Strasbourg. «Il peut y avoir des poches de crispation», admet-on du côté de la direction d’Orange, qui attend de voir «le résultat de la grève» pour juger de leur ampleur. 

En amont de la mobilisation, Orange a lancé la semaine dernière une opération d’actionnariat salarié portant sur environ 1% du capital du groupe et réservée à ses quelque 140.000 employés. Blâmée par ailleurs pour la réduction des effectifs, la direction met en avant la «période de transition des effectifs et des compétences» dans laquelle Orange est engagé. Certes, «on ne va pas faire recroître les effectifs globaux» mais des recrutements sont prévus «dans le cloud, le cyber, la data et l’intelligence artificielle», se défend l’opérateur. La mobilisation de mardi survient dans un contexte où ses organisateurs déplorent l’appauvrissement des échanges avec la direction. «On a réussi à avoir une unité parce qu’on est tous d’accord que le dialogue social se dégrade», fait valoir Samira Gouja, DSC de la CGT. Face à ce constat, les syndicats ont demandé l’ouverture de discussions en vue d’un «accord de méthode sur les négociations». Une 1ère réunion consacrée à ce thème est programmée fin septembre.