Pierre Dubuc et Mathieu Nebra, inventeurs précoces de l’enseignement à distance

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A 13 ans, ils ont créé un site pour partager leurs connaissances en programmation. Presque 20 ans après, Mathieu Nebra et Pierre Dubuc veulent désormais former à distance 500.000 personnes par an aux métiers «sous tension», sans abandonner leurs idéaux. Le second, PDG d’OpenClassrooms, vit désormais à New York, tandis que le premier, chargé de l’innovation, est installé dans le sud de la France. Il est donc rare de les croiser à Paris, au siège de leur société créée en 2007. Mais peu importe, OpenClassrooms, qui avait investi juste avant le Covid dans de vastes locaux proches du Parc de la Villette, pense désormais à les rendre après s’être converti au télétravail généralisé. Conséquence: «en France, nous sommes installés dans presque toutes les villes», expliquent ses dirigeants, tous deux ingénieurs.Entre eux, l’histoire a commencé alors qu’ils étaient très jeunes. A 13 ans, Mathieu veut apprendre la programmation web, mais ne trouve rien de mieux qu’un livre bien peu didactique. «C’était frustrant, j’ai appris tant bien que mal et je l’ai reformulé comme j’aurais aimé le lire», explique-t-il. Le «Site du Zero» naît en 1999 et devient collaboratif et populaire en agrégeant d’autres cours créés et partagés gratuitement par la communauté. Sans savoir qu’ils habitent la même ville, Avignon, les deux adolescents développent leur plateforme, qui devient en 2007 une entreprise «à mission»: «rendre l’éducation accessible». «Notre obsession, c’est l’emploi. On a choisi de créer les formations uniquement si elles aident les gens à trouver un emploi ou à évoluer dans leur poste», affirme Mathieu Nebra. «On a commencé sur tous les métiers de la tech et du digital, le code, la data, la cybersécurité, le marketing, la gestion de produit, l’agilité… Après, on est allé dans tout ce qui est business, management, leadership, ventes, ressources humaines, toutes les fonctions transverses d’une entreprise. Et on a couvert l’éducation et la pédagogie car on a une expertise là-dedans», liste Pierre Dubuc. «On pense aller sur les domaines de la santé et de la transition énergétique», continue-t-il. En revanche, OpenClassrooms fait pour le moment l’impasse sur des thématiques pourtant en vogue comme le jeu vidéo, la blockchain ou le métavers. «Dans le jeu vidéo, difficile de trouver un travail. On n’a pas envie de faire des fausses promesses. Il n’y a pas vraiment de besoin des entreprises, même si la demande (des étudiants) est énorme», justifient-ils. Si 95% des utilisateurs ne consomment que les cours gratuits parmi les 600 disponibles, 12.000 étudiants suivent désormais de chez eux des formations diplômantes (de Bac+2 à Bac+5), avec un projet de fin d’études et des contacts réguliers avec un mentor. L’entreprise est rémunérée par Pôle Emploi pour ses formations, en particulier sur les métiers du numérique. En France, il manque notamment 10.000 ingénieurs par an dans ce domaine, selon l’organisation Numeum. «Le besoin est juste énormissime», s’enthousiasme Pierre Dubuc. OpenClassrooms a également investi les marchés anglais et américain et ses formations sont reconnues dans 19 pays d’Afrique. L’objectif de l’entreprise est de former à l’horizon 2025 500.000 personnes par an. Pour 2022, le compteur était à 15.000 fin mai. Après avoir levé 80 millions d’euros il y a an, OpenClassrooms a été citée parmi les futures licornes. «On apporte un modèle un peu différent où la notion d’impact est vraiment au coeur de la stratégie. Il y a quelques années, c’était encore vu comme un compromis sur l’aspect financier. Maintenant, des fonds ont créé des poches de financement dédiées», explique Pierre Dubuc.OpenClassrooms lorgne aussi du côté d’une introduction en Bourse, pas incompatible selon ses fondateurs avec sa mission, pour financer notamment des acquisitions à l’international.