Plusieurs plateformes de cryptomonnaies victimes de la faillite de leur concurrent FTX

78

Plusieurs plateformes de cryptomonnaies ont dû suspendre certains retraits ces derniers jours, victimes de la faillite de leur concurrent FTX, dont les ramifications ne cessent de s’étendre. Dernier en date, la perle française Coinhouse, qui a confirmé avoir bloqué les sorties sur son livret crypto, présenté comme un produit d’épargne en cryptomonnaies. Dans une série de tweets, la plateforme a expliqué que certains sites partenaires à qui elle avait prêté des fonds avaient eux-mêmes interrompu les retraits pour leurs clients. Un effet domino traverse ainsi le secteur, car parmi les partenaires de Coinhouse figurait notamment Genesis. Ce dernier avait confié des cryptomonnaies à Alameda, sorte de bras spéculatif de FTX, poussé au dépôt de bilan vendredi dernier. Coinhouse a évoqué «des tensions globales sur le marché crypto et une pression sur les liquidités». Même son de cloche du côté de Gemini, le vaisseau amiral des frères Winklevoss, popularisés par la genèse de Facebook et le film «The Social Network». Le groupe, également piégé par la défaillance de Genesis, a dû geler son programme Gemini Earn, qui permet, lui aussi, de placer ses cryptomonnaies, prêtées ensuite à d’autres contre rémunération. «La semaine qui vient de s’écouler a marqué une séquence incroyablement difficile et stressante pour notre industrie», a décrit Gemini, sur Twitter. Selon le site CoinDesk, avant de fermer le robinet, Gemini avait enregistré, en 24 heures seulement, près de 600 millions de dollars de retraits contre moins de 100 millions de dépôts, un grave déséquilibre dû à la nervosité des utilisateurs, qui redoutent la contagion. Quant à BlockFi, autre acteur de poids, il a lui figé l’ensemble de sa plateforme, qui gérait, fin juin, environ 3,9 milliards de dollars, répartis sur plus de 650.000 comptes. «C’est très inquiétant, parce que nous n’avons pas encore vu l’échelle de la contagion», commente Francesco Melpignano, DG de Kadena Eco, spécialisée dans la blockchain (registre qui répertorie toutes les transactions d’une plateforme). Pour lui, le séisme FTX et ses répliques dépasse, en ampleur, celui créé au printemps par l’implosion de la devise numérique Terra, qui avait entrainé vers le fond plusieurs sites d’échanges, notamment Celsius. Il compare même la faillite de FTX à celle de Lehman Brothers, qui avait semé la panique sur les marchés et emmenée avec elle plusieurs banques. Dans un entretien vidéo au «WSJ», la directrice financière de Coinbase, l’un des géants du secteur, a estimé que le système crypto tout entier n’était pas en danger. «Mais il va falloir plusieurs jours ou semaines pour réaliser la contagion qu’a provoqué cet événement et comprendre qui était exposé», a expliqué Alesia Haas. Beaucoup relèvent que les accidentés du choc FTX ont en commun avec ceux de la saga Terra au printemps d’être des plateformes centralisées, dont le modèle ressemble à des sociétés financières traditionnelles. Ils «ont tiré avantage de la technologie de la blockchain pour créer des modèles qui n’étaient pas viables, dans le but de s’enrichir», affirme Daniel Keller, co-fondateur de Flux, un écosystème virtuel qui possède sa propre cryptomonnaie.Pour lui, l’avenir de la blockchain et des cryptos tient en un mot, «décentralisation», élément fondateur de cet univers, qui doit permettre de se passer d’intermédiaires. Francesco Melpignano abonde et souligne que les plateformes décentralisées «ont résisté à cet effondrement» consécutif à la défaillance de FTX, tout comme elles étaient «sorties indemnes des précédentes crises». «Je pense que les crypto vont se remettre», anticipe Sylvia Jablonski, de Defiance ETFs, dont un des fonds est investi dans le secteur. «Il y a tellement d’usages possibles pour la blockchain. (…) C’est un système trop énorme pour que cela disparaisse».