Pour James Cameron, la technologie est au coeur de son oeuvre mais ne fait pas tout

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Fou de numérique et d’effets spéciaux, James Cameron est une légende qui a révolutionné plusieurs fois le cinéma, avec «Terminator», «Titanic», ou «Avatar». La technologie est au coeur de son oeuvre mais ne fait pas tout, assure-t-il. A l’heure où les moteurs d’effets spéciaux sont accessibles à toutes les productions et où des centaines de millions de dollars peuvent être investis dans un blockbuster, c’est le «talent artistique» qui fait la différence, estime ce roi du box-office. «N’importe qui peut acheter un pinceau. Mais n’importe qui ne peut pas peindre une oeuvre», illustre le réalisateur, lors d’une interview à Paris avant la sortie le 14 décembre de «Avatar 2: la Voie de l’eau». La production de ce film, qui sort treize ans après le 1er volet, a nécessité des moyens techniques colossaux, dont de nombreux tournages sous l’eau, en apnée. «Je suis une sorte de filtre central de tout mais j’ai de nombreux artistes qui travaillent pour moi, dessinent les personnages, l’architecture, le monde, les plantes, les costumes…», résume-t-il. «J’aime penser que (la production du film) est comme une grande communauté hippie avec un tas de grands artistes», poursuit-il. «La technologie ne crée par l’art. Ce sont les artistes qui créent l’art». Un film comme «Avatar», où les acteurs sont filmés sur fond bleu avant que l’ensemble des décors, textures et accessoires ne soient ajoutés par ordinateur, doit tout à la performance des interprètes, souligne-t-il, bien qu’ils soient souvent méconnaissables à l’écran, après traitement numérique. «Le coeur, l’émotion, la créativité… Tout cela arrive d’abord», lors du tournage des scènes en prise de vue «réelle», première étape de construction du film, avant même que les angles de caméras et plans ne soient définis. «Ce n’est qu’ensuite que le travail technique commence», développe-t-il. Quant à l’intelligence artificielle, qui a été employée pour traiter les images, elle n’est pas là pour «prendre la place des acteurs mais pour être encore plus fidèle à leur performance», assure-t-il. Homme de tous les records, avec les films les plus chers mais aussi les plus rentables du monde, de «Titanic» au premier «Avatar», le cinéaste reconnaît «porter une lourde responsabilité». «Je ne peux pas être capricieux, fantasque, ou impulsif. Je dois rester très concentré pour créer quelque chose qui à la fois me plaise, plaise au public et soit suffisamment commercial pour rapporter de l’argent». «Je ne peux pas être trop intellectuel mais je peux rendre la chose satisfaisante en ajoutant des deuxième ou troisième niveaux de compréhension, que les gens saisiront ou non», poursuit-il. Tel un commandant Cousteau des temps modernes, fasciné par la mer et ses fonds, au point d’être l’un des seuls humains à avoir plongé en sous-marin dans la Fosse des Mariannes, la plus profonde de la planète, Cameron martèle à nouveau dans «Avatar: la voie de l’eau» le message écologiste qui avait contribué au succès du premier volet. «Je ne pense pas que le but d’un film «Avatar» soit de vous dire quoi faire», précise le réalisateur. «Je pense que n’importe qui ayant étudié les questions d’écologie peut dire ce qu’il faut faire. Vous savez que vous devez réduire votre empreinte carbone de toutes les façons possibles, ne pas voter pour des trous du cul, acheter une voiture électrique, consommer moins de viande et de produits laitiers…». «Mais vous pouvez influer sur les sentiments des gens», enchaîne-t-il. «Le film vous demande de ressentir quelque chose pour la nature, pas seulement de pleurer à la fin ou de ressentir une émotion envers les personnages. Il s’agit de ressentir de l’indignation, (…) que les gens soient en colère» pour la nature. «Cela réveille cette connexion à la nature en nous. Une dizaine de minutes après la fin de film, vous voyez le monde un peu différemment».