Remade menacé de liquidation, et soupçonné de faux bilan

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Avec pour étendard le recyclage de smartphones, le groupe Remade a recruté à tour de bras en Normandie pour atteindre 680 personnes en 2019, mais cinq ans après sa création, il est menacé de liquidation, et soupçonné de faux bilan. «Pour masquer l’effondrement du groupe», Remade a «gonflé artificiellement son c.a.» avec des «manoeuvres comptables», affirme le cabinet Syndex dans un rapport confidentiel de 90 pages, pour le CSE, daté de novembre, révélé par le média normand Le Poulpe. De son côté, à la suite d’un «signalement d’un administrateur judiciaire», le parquet de Coutances a ouvert le 30 septembre une enquête préliminaire pour faux bilan et fausses factures au sein de cette société en redressement judiciaire depuis deux mois. Il a depuis reçu une plainte d’un groupe d’investisseurs en capitaux dans Remade. L’enjeu est lourd. Remade group (500 salariés dont 330 aujourd’hui dans son usine de reconditionnement de smartphones à Poilley, près du Mont-Saint-Michel, selon la direction) risque une liquidation. En septembre la direction affichait 680 salariés dont 450 à Poilley. Quatre offres ont été déposées mais «aucune recevable en l’état», selon Thomas Hollande, l’avocat du CSE. Surtout, elles n’empêcheraient pas une hécatombe sociale. Matthieu Millet, fondateur et ex-PDG de Remade propose de reprendre 143 salariés mais selon Me Hollande cette offre «ridicule» nécessite un accord préalable du procureur. Matthieu Millet a été à plusieurs reprises interdit de gérer des entreprises. «Personne n’est à ce stade nommément visée» par l’enquête ouverte à Coutances, précise toutefois le parquet. Les trois autres candidats (Recommerce, SFIT, Takara) ne reprendraient de 15 à 32 salariés. C’est que Remade se présente avec une dote de 25.000 à 33.000 IPhones reconditionnés selon la direction mais avec un besoin de refinancement très lourd (90 millions fin août selon Syndex). Le temps n’est pourtant pas si loin où Remade nourrissait bien des espoirs dans ce coin rural de Normandie en annonçant des vagues de recrutement. Selon Syndex «les effectifs ont plus que doublé entre 2016 et 2018, de 163 à 370 salariés» chez Remade SAS. Mais, selon le cabinet, le chiffre d’affaires affiché derrière ces embauches n’est qu’illusion. Syndex relève ainsi par exemple un «schéma de facturation» avec le grossiste en téléphonie mobile Sofydis «qui ne correspond à aucune transaction réelle». Cette «manipulation comptable» permet de «surévaluer de 40%» le chiffre d’affaires 2018 de 69 millions d’euros. Ainsi la toute jeune entreprise a, estime Syndex, pu «produire un discours séducteur pour les financeurs en recherche de pépites technologiques»: sur 2014-2019 Remade lève 200 millions d’euros. Le cabinet soupçonne Remade d’avoir «dès 2016 (…) masqué (…) une situation déjà déficitaire» avant que celle-ci ne devienne «critique» en 2018. «L’aggravation des difficultés n’a pas freiné (…) des dépenses apparaissant totalement dispendieuses», accuse Syndex, avec «pour plusieurs membres du comité de direction, un cumul de dépenses et salaires sans commune mesure avec la taille du Groupe et absolument pas supportable par le modèle économique». La success story de la «pépite» se révèle aux yeux de Syndex une «course effrénée à la taille non pas pour en faire un groupe florissant, mais bien pour maximiser rapidement sa valorisation en affichant des croissances fortes de chiffre d’affaires». Dans un communiqué daté du 14 novembre et diffusé sur sa page facebook Matthieu Millet dénonce les «conclusions» d’un rapport qui «donnent une vision erronée de la réalité» et annonce une plainte pour diffamation. Les principaux actionnaires du groupe sont LGT European Capital, le fonds d’investissement de la famille princière du Liechtenstein, et les fonds d’investissement français Idinvest (groupe Eurazeo).