La guerre, la peine de mort, Mitterrand, l’antisémitisme… L’entrée au Panthéon jeudi de Robert Badinter donne l’occasion de découvrir dans plusieurs ouvrages et émissions ses ultimes réflexions sur sa longue vie et l’état du monde avant son décès en 2024. «J’ai un seul conseil (aux jeunes): aimez la vie, et la vie vous aimera. Avec ses drames, ses incertitudes, sa fin qui n’est pas gaie, peu importe, la vie vaut la peine d’être vécue», déclare Robert Badinter dans «A la vie» (Gallimard), un livre d’entretiens réalisés avec le journaliste Darius Rochebin, de LCI, dans les dernières années de sa vie. «J’aime dans la vie le bonheur très concret, très vif, sensuel, d’exister», ajoute-t-il dans cet ouvrage qui, en courts chapitres, revient sur les grandes étapes de son existence, de l’arrestation de son père en 1943 parce qu’il était juif, à son long combat pour l’abolition de la peine de mort. Robert Badinter se définit comme «un Juif, français, européen» du XXe siècle, dans «Vivre», un autre livre d’entretiens réalisés en 2006 et en 2023, coédité par Flammarion et l’Ina, qui en propose les vidéos en ligne. Revenant sur la Seconde Guerre mondiale et le régime de Vichy, il souligne que «l’idée d’une France profondément antisémite» est «fausse». «Des salauds, il y en avait. Des héros, aussi», se rappelle-t-il, en rendant hommage aux «réseaux de sauvetage» ayant secouru des milliers de juifs. Un ouvrage inédit, «Sur l’épreuve de l’antisémitisme» (Le Cherche-midi), rassemble ses textes sur la question, en particulier un discours prononcé devant l’Ecole normale supérieure en 2015. L’antisémitisme «l’a suivi toute sa vie», se souvient son épouse, Elisabeth Badinter, dans un entretien à la revue Légende, entièrement consacrée à son entrée au Panthéon. L’ensemble de ses combats pour «faire progresser la liberté», avec parfois des «espoirs déçus», est détaillé dans une biographie fouillée, «Robert Badinter, un juriste en politique» (Fayard), de Paul Cassia, professeur de droit public à l’université Panthéon-Sorbonne. «En cette année 2025, on ne peut s’empêcher d’être frappé par le contraste saisissant entre les valeurs chéries par Robert Badinter et l’état de la société française et du monde», écrit l’auteur, en faisant remarquer que, «de toutes parts, les libertés individuelles cèdent du terrain à l’insatiable appétit de l’hydre sécuritaire». Peu connue, la lutte de Robert Badinter pour la dépénalisation de la répression de l’homosexualité est expliquée dans «Robert Badinter, pour la liberté d’aimer» (La Sirène), un livre d’entretiens menés par Dominique Thiéry. L’ancien garde des Sceaux y raconte avoir été «infiniment» plus «heureux» comme avocat que comme ministre. «Je n’aime pas le monde politique. Je n’aime pas la politique. Il y a des femmes et des hommes de grande qualité, mais aussi beaucoup de médiocrité», juge-t-il. Parmi les premiers, il classe François Mitterrand, dont il a été l’ami, le conseiller et le ministre. «Nous nous sommes beaucoup amusés. Notre amitié a été, de bout en bout, jubilatoire (…). Mitterrand possédait un don. Il était capable d’enchanter la vie la plus quotidienne par le charme de sa conversation», raconte-t-il à Darius Rochebin. Pour marquer l’entrée au Panthéon, plusieurs chaînes de télévision adaptent leur programmation. T18 diffusera mercredi soir «L’abolition», le téléfilm de Jean-Daniel Verhaeghe avec Charles Berling dans le rôle de Robert Badinter, sur la fin de la peine capitale. Sur la chaîne LCP, un documentaire sur «les combats méconnus de Robert Badinter» sera suivi d’un débat le même soir. Après la cérémonie de jeudi, France Télévisions proposera en soirée deux documentaires, «Robert Badinter, la vie avant tout» puis «Badinter contre la peine de mort – le procès Patrick Henry».



































