S. DHAB (France Télévisions Numérique) : « La seule manière d’émerger est d’avoir des projets originaux »

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Les fictions numériques de France Télévisions tirent leur épingle du jeu. «Carrément craignos», «Mental» saison 2 en passant par le succès de «SKAM France», ces séries rencontrent et fidélisent leur public. Entretien avec Sened DHAB, Directeur de la fiction numérique de France Télévisions, qui revient à la fois sur les actualités et les projets en cours.

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Le pari des fictions numériques de France Télévisions est-il relevé ?

SENED DHAB

Nous sommes en train de transformer l’essai. Nous proposons aujourd’hui des fictions qualitatives et originales qui s’inscrivent dans le temps et parlent à notre époque. Le cœur de notre proposition, c’est le «high concept». Dans le paysage des séries de plateformes, nous faisons figure de petit joueur au vu de nos budgets. Nous n’avons pas les moyens marketing massifs de Netflix. Voilà pourquoi la seule manière d’émerger est d’avoir des projets originaux. L’idée fondatrice d’une série et sa promesse narrative doivent déjà être des éléments «marketing» visant à susciter la curiosité et l’imagination de nos publics.

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Pour émerger sur le numérique, il faut donc être original ?

SENED DHAB

Nos séries doivent être ancrées dans le cadre socioculturel français. Nous souhaitons recevoir des concepts que nous pourrions très facilement vendre en format à l’international. Et comme la consommation de la fiction internationale évolue partout dans le monde, nous pourrions commencer à les vendre en ready-made. Le public est prêt à consommer des séries dans une autre langue que la sienne.

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Votre budget est-il en progression ?

SENED DHAB

Oui, il a progressé de 25% (10M€/an, ndlr). Grâce à ce budget, nous allons pouvoir nous lancer dans des projets plus ambitieux qui étaient jusque-là, hors de notre portée, en particulier dans les genres abordés. Ainsi, nous cherchons des séries plus longues de 4 à 5 épisodes de 45’. Ce sont des formats que les producteurs ont moins l’habitude de créer et de vendre, contrairement au 26’ par exemple.

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Votre politique de formats est-elle en train de se diversifier ?

SENED DHAB

Absolument ! Nous profitons de la flexibilité que nous apporte le numérique en termes de diffusion pour explorer des genres et des formats un peu différents. C’est le cas de «Caro Nostra» (5X45’ – Éléphant Story) qui raconte l’histoire d’une famille de restaurateurs qui sont… des ogres. Nous travaillons aussi sur trois nouveaux films unitaires de 60’ autour de la fin du monde.

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A quel rythme proposez-vous des nouveautés ?

SENED DHAB

Nous sommes en mesure de proposer une dizaine de saisons par an. 60 à 70% de nos séries sont destinées à france.tv slash qui a un public cible 15-25 ans. Le reste est destiné à france.tv, où on tente de toucher des spectateurs un peu plus âgés : 30-45 ans. Nous créons une offre complémentaire à celle de nos antennes linéaires pour toucher, interagir et engager un public parfois moins présent devant la télévision traditionnelle.

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Quel est le mode de diffusion de vos séries ?

SENED DHAB

On y réfléchit au cas par cas ! Nous mettons très souvent à disposition tous les épisodes d’une série en intégralité pour répondre aux exigences du binge watching. Mais il nous arrive aussi de faire des sorties hebdomadaires comme «SKAM France», puisque l’on s’appuie sur le concept de base.

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«SKAM France» est-il toujours le phénomène des débuts ?

SENED DHAB

Le public est fidèle. Cette année, le pari a été de mettre en avant une nouvelle génération de personnages. Le pari a été largement relevé grâce aux talents de nos comédiens. La saison 8 de «SKAM France» est déjà en boîte.

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Entre «Mental» saison 2, «SKAM France» saison 6 et «Carrément craignos», votre actualité est débordante…

SENED DHAB

D’ici 2022, on aimerait avoir ce rythme de croisière en termes de proposition de nouveautés. Parmi les projets en cours, nous terminons la post-production de «Or de lui», une série créée par Baptiste Lorber et produite par Calt Story. Dans cette comédie portée par Ramzy Bedia un VRP de banlieue, coincé dans une vie sinistre, entre un mariage raté et une carrière décevante, se découvre tout à coup capable de pondre de l’or.

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Avez-vous d’autres projets ?

SENED DHAB

Nous développons avec les Coproductions Internationales, une série très ambitieuse, «La Brigade des Cauchemars», adaptation d’une BD de Franck Thilliez, qui est aussi à l’écriture.

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Quelle est la fiction de rêve que vous souhaiteriez lancer ?

SENED DHAB

J’aurais adoré être à l’origine d’une série comme «The Good Place». Développer une série de science-fiction pourrait aussi nous intéresser mais nous n’avons pas encore les budgets adéquats.