S. LEVEAUX (TF1) : «Avec les téléfilms de Noël, nous avons gagné plus de 700.000 téléspectateurs en 1 an»

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Plus qu’un phénomène, le succès des téléfilms de Noël boostent les après-midis de TF1 qui creusent l’écart avec son principal concurrent. Chaque jour, ces «Christmas Movies», véritable institution aux Etats-Unis, atteignent jusqu’à 2 millions de téléspectateurs sur la Une soit 26% de part d’audience et jusqu’à 38% sur les femmes responsables des achats. Analyse du phénomène et de la stratégie d’acquisition avec Sophie LEVEAUX, Directrice Artistique des Acquisitions du Groupe TF1. 

 

Les téléfilms US parviennent-ils à se faire une place de choix dans la grille TF1 ?

 

Sophie LEVEAUX : Même si le téléfilm n’est pas un programme de Prime Time, c’est un genre très structurant et important pour la grille d’après-midi de TF1. La chaîne a toujours investi dans ces unitaires. Ce qui est nouveau depuis novembre 2016, c’est l’enchainement de deux téléfilms par jour. On s’est aperçu que la production américaine était de plus en plus importante et ambitieuse. Nous nous sommes donc rapprochés des différents distributeurs et chaînes pouvant nous alimenter sur les diverses typologies que nous recherchions, à savoir des unitaires très féminins, familiaux et romantiques. Dorénavant, nous avons les moyens d’offrir 3 à 4 inédits par semaine. Nous lisons énormément de scripts et accompagnons les castings avant le tournage.

 

Pourquoi débutez-vous si tôt la diffusion des téléfilms de Noël ?

 

Ça a été une vraie réflexion de programmation. Ce choix intervient après le succès des comédies romantiques proposées durant les vacances de la Toussaint sur TF1. Afin de confirmer cette tendance sans être en rupture avec la proposition éditoriale, nous avons démarré la diffusion des téléfilms de Noël le 6 novembre dernier, soit une semaine plus tôt que l’année précédente, car nous étions en mesure d’offrir un grand nombre d’inédits avec des castings ambitieux jusqu’à la fin de la période des fêtes de fin d’année. A nous ensuite de rester dans un esprit de Noël sans forcément programmer des films dont l’histoire se déroule les 24 ou 25 décembre. Cette prise de risque est payante puisqu’à 13h55, nous pouvons rassembler jusqu’à 2 millions de téléspectateurs, 26% de pda et 35% sur les femmes des moins de 50 ans. A 15h30, ce sont 1,8 million de fidèles, 23% sur les 4 ans et plus et jusqu’à 38% sur les femmes. Nous avons gagné plus de 700.000 téléspectateurs par rapport à l’année dernière. Force est de constater que nous creusons l’écart avec notre principal concurrent. En Australie c’est un tel phénomène que les chaînes diffusent ce type de téléfilms en juillet. Ils appellent cela, «Christmas in July».

 

Comment s’est installée «Les Feux de L’Amour», diffusée dorénavant à 11h ?

 

Ce feuilleton est une institution et nous en avons conscience. L’idée a été d’instaurer un rendez-vous à 11h sans bousculer les fans de la série. Aujourd’hui, cette dernière a trouvé toute sa place aux côtés de rendez-vous quotidiens comme «Les douze coups de midi». Il ne s’agit pas d’une case moins exposée. La volonté était d’essayer de trouver la meilleure articulation pour l’ensemble des programmes. Le double téléfilm de l’après-midi par exemple correspondait à une attente du public et nous a permis de renforcer notre puissance sur les cibles l’après-midi. « Les Feux de l’Amour » a su trouver son public en fin de matinée. C’est donc une opération gagnante.

 

média+ : Comment le Groupe TF1 se positionne-t-il plus largement sur le marché des acquisitions ?

 

Nous nous positionnons très en amont. Des acteurs comme Netflix, Hulu, Apple et Amazon sont aujourd’hui excessivement offensifs et préemptent l’ensemble des territoires. Ils ont énormément de moyens et essaient d’être sur tous les coups en matière de casting, de marques et d’adaptations de best-sellers. Plus vous êtes informés tôt des productions en développement, plus vous disposez d’éléments artistiques pour entrer dans la danse. Aux Etats-Unis, il y a en permanence 550 projets de séries. On en repère au moins 300 qui pourraient faire sens. L’exemple type, c’est la série britannique «Liar» que nous avons préacheté sur script. Pour TF1, nous essayons de répondre aux attentes d’un public large, familial tout en nous adressant aux femmes, cible sur laquelle nous avons beaucoup d’attente. On essaie aussi de s’adapter au marché mais en ne s’éloignant jamais de nos fondamentaux. Ce fut le cas de «Mentalist», un personnage positif, «Dr House», plus cynique. Par ailleurs, la fiction française est devenue un marqueur de référence sur lequel nous pouvons nous inspirer également dans le domaine des acquisitions de séries internationales.

 

Pour autant, on ne trouve pas de «Mentalist» et de «Dr House» chaque année…

 

Qu’importe que vous ayez lu 300 scripts, il ne faut pas rater le 301 qui sera peut-être la série attendue. Une franchise comme «Mentalist», vous en trouvez une tous les dix ans, même chose pour «Grey’s Anatomy». On essaie d’ailleurs de surfer sur le médical, une tendance forte aux Etats-Unis. C’est pourquoi nous avons acquis «The Good Doctor», une seìrie Sony réalisée pour ABC par le showrunner de «Dr House». Cette série est un des plus gros succès de la rentrée US et nous sommes très heureux de la proposer prochainement à nos téléspectateurs. Après, il nous arrive d’avoir des frustrations. Des séries géniales comme «Forever» ont trouvé leur public en France mais pas outre-Atlantique. Malheureusement, nous sommes tributaires et dépendants des choix américains.

 

Afin d’être moins dépendant, renforcez-vous les coproductions ?    

 

Le vivier de talents est tel qu’il y a des opportunités à saisir avec différents acteurs qui ont le même ADN que TF1. Nous diffuserons par exemple «Gone», la première série issue de notre accord avec Trinity, conclu avec NBC Universal et Mediengruppe RTL Deutschland. Même chose avec Jean-Jacques Annaud qui adaptera «La Vérité sur l’affaire Harry Québert», roman policier de Joël Dicker, avec le comédien Patrick Dempsey. Il y a des évidences parfois sur des projets. On essaie de nous associer avec les bons acteurs sur le marché américain et européen.