S. TRAINER (France Culture) : «La crise du Covid nous a poussé à repenser notre grille»

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Nouvelles voix, nouveaux rendez-vous, nouvelles émissions : la directrice de France Culture, Sandrine TREINER, nous explique ses choix éditoriaux et stratégiques. Comment la grille s’inscrit-elle dans l’époque actuelle ? Entretien.

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L’accès à la culture a été très fortement bouleversé par la pandémie. En ce sens, France Culture a-t-elle un rôle à jouer ?

Sandrine TREINER

Oui, bien sûr. Notre radio traite de toutes les cultures : cinéma, littérature, théâtre mais aussi de philosophie, histoire, économie et science. Comme le secteur de la culture est toujours très ébranlé par la crise du Covid, nous répondons présents aux urgences du moment. Notre détermination est d’être encore plus à l’écoute. C’est ainsi que nous avons conçu notre nouvelle grille. Par exemple, nous avons transformé l’émission de critiques «La Dispute» que faisait Arnaud Laporte en un rendez-vous de fonds sur les «Affaires Culturelles» (du lundi au vendredi de 19h à 20h). Il me semblait plus important de consacrer un large temps d’antenne à faire entendre une parole forte venue de l’ensemble des arts, et de penser la place de la critique autrement.

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Cela signifie-t-il que la crise du Covid vous a poussé à repenser votre grille ?

Sandrine TREINER

Absolument ! On a bien compris que la crise bouleverse l’organisation de la société et notre manière de penser le monde, la science, la santé, l’éducation mais aussi le rapport aux enfants et aux aînés. Nous sommes entrés – en partie – dans un nouveau monde. En cela, nous avons pris la décision de faire appel à Bruno David, le directeur du Muséum national d’histoire naturelle pour qu’il nous fasse chaque jour un portrait d’animal. C’est une idée qui nous est venue quand nous avions entendu parler pour la première fois du pangolin. J’ai envie que l’on me parle de la diversité des espèces, de leurs représentations et de la manière dont elles sont affectées par la pandémie. Nous proposons aussi le carnet de philo de Géraldine Mosna-Savoye, chaque matin chez Guillaume Erner. Dans le prolongement de la crise est né «En français dans le texte», par Olivia Gesbert en partenariat avec le Ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports. Ce rendez-vous visite les grands textes au programme des lycéens et nous invite à participer à la «Dictée» géante de Rachid Santaki le samedi à 17h.

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Comment France Culture marque-t-elle sa différence ?

Sandrine TREINER

Notre antenne démontre que la culture permet de penser le monde. Notre différence est un plus dans une période extrêmement déconcertante. Nous sommes une antenne qui manie la réflexion et qui lutte contre l’anxiété. Ça fait partie de notre réussite.

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Quelle place accordez-vous à la culture populaire ?

Sandrine TREINER

Je ne mets pas en opposition la culture populaire et la culture élitiste. La belle culture permet d’ouvrir les imaginaires et de donner de la liberté. Il y a simplement des œuvres qui ne donnent pas accès au monde et d’autres qui y donnent accès.

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Quels sont les gros enjeux de la rentrée ? Vos nouveautés conséquentes dans le domaine des arts ?

Sandrine TREINER

Nos priorités sont à la fois dans le domaine des arts, la parole d’artistes, le débat d’idées adossés au socle des savoirs et non pas simplement à l’opinion auto-proclamée. De ce point de vue, nous continuons à développer l’offre en matinale. En fin de journée, «Le Temps du débat» a été étendu sur le samedi. C’est très important d’entendre une diversité de vox et d’opinions.