TikTok : application addictive et controversée très populaire chez les jeunes Indiens

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Israil Ansari peut difficilement marcher dans une rue en Inde sans être assailli par des adolescents voulant un autographe. Le jeune homme n’est pas un acteur de Bollywood, mais une vedette de TikTok, application addictive et controversée très populaire chez les jeunes Indiens. Téléchargée plus de 1,5 milliard de fois dans le monde, la plateforme TikTok permet de publier des vidéos de quelques dizaines de secondes où les utilisateurs se filment réalisant des sketchs, chantant en playback ou dansant sur fond de musique. «J’essaye de créer du contenu qui rend mon audience heureuse, que ce soit avec une chanson accrocheuse ou des vidéos humoristiques», confie Israil Ansari, 20 ans et 2 millions d’abonnés. «Dans un pays de 1,3 milliard d’habitants, se faire connaître n’est pas facile», observe-t-il. Lancée en septembre 2017 par l’entreprise chinoise ByteDance, TikTok possède un côté ludique et rudimentaire par rapport à un réseau plus policé comme Instagram, deux aspects devenus ses atouts-clés. N’importe qui équipé d’un smartphone, que ce soit un adolescent d’une banlieue américaine ou un résident de bidonville indien, peut utiliser l’application pour raconter son histoire, gagnant ainsi des vues, des «j’aime», des partages et, éventuellement, son quart d’heure de célébrité. «Les vidéos TikTok marchent car elles sont «brut», ce qui fait que les jeunes peuvent s’y reconnaître davantage, avoir des retours dessus et parfois gagner de l’argent avec l’application, en fonction de leur popularité», explique Meenakshi Tiwari, analyste de Forrester Research. Un algorithme pointu permet à l’application de détecter les goûts des utilisateurs et de les diriger vers des vidéos qui pourraient leur correspondre, happant leur attention pendant parfois des heures. Selon le cabinet Sensor Tower, TikTok a été la 4ème appli la plus téléchargée au monde en 2018 (hors jeux), avec deux-tiers de ses utilisateurs ayant moins de 30 ans. «L’Inde est le principal marché pour TikTok, suivi par la Chine, les Etats-Unis, l’Indonésie et le Vietnam», indique Craig Chapple de Sensor Tower. Le géant d’Asie du Sud représente 40% des utilisateurs de TikTok. Onze de ses 25 comptes les plus populaires au monde sont basés en Inde, dont celui d’Israil Ansari. Connu pour ses coiffures fantasques toujours changeantes, et son style de danse distinctif, Israil Ansari signe des partenariats avec des marques pour promouvoir leurs produits, gagnant ainsi entre 20.000 et 50.000 roupies par mois (250-630 euros). Mais tout n’est pas bon enfant dans le monde de TikTok. L’appli a été accusée d’encourager la propagation de la pédopornographie. Le Bangladesh l’a bloquée au nom de la lutte contre la pornographie. En début d’année, le réseau social a écopé d’une amende de 5,7 milliards de dollars aux Etats-Unis pour avoir collecté illégalement des données personnelles de mineurs. En Inde, l’application a aussi fait la Une des journaux en avril lorsqu’un adolescent a accidentellement tué son ami à Delhi alors qu’ils filmaient une vidéo pour TikTok avec un pistolet. Les Etats-Unis ont également engagé une enquête de sécurité nationale, craignant que l’appli ne soit utilisée à des fins d’espionnage. Mais les zones d’ombres et les scandales n’entachent pas l’engouement pour TikTok parmi les adolescents et les jeunes adultes. «Du matin jusqu’à une heure avancée de la nuit, je ne regarde que des vidéos TikTok», raconte Azeez Ahmed Siddiqui, un Indien de 22 ans, qui a 3.500 abonnés. «Ma famille s’énerve contre moi pour ne pas avoir d’emploi et perdre mon temps sur TikTok. Mais je veux vraiment devenir une star». Bien que la route vers la célébrité soit difficile et les aspirants nombreux, cela n’empêche pas cet habitant de Bombay de rêver.