Trois questions à … Florence Herszberg, directrice générale du Forum des Images et fondatrice du Festival Pocket Films

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    Florence Herszberg, directrice générale du Forum des Images et fondatrice du Festival du film de poche («Festival Pocket Films»), explique pour média+ les perspectives d’évolution des films réalisés à partir de téléphones mobiles et des films crées pour les téléphones mobiles.

    média + : Pensez-vous que les films créés à partir des téléphones mobiles et diffusés sur ces derniers ont un avenir ?

    Florence Herszberg : Les films tournés avec un téléphone sont une source de créativité différente. Il y a une spontanéité du geste de filmer car nous avons un téléphone en permanence dans notre poche, parce que le geste est instinctif, parce qu’il change la relation entre celui qui filme et celui qui est filmé. Avec le téléphone on ne regarde plus dans le viseur. Donc il y a une relation qui se fait entre le filmeur et le filmé, il n’y a plus de caméra, la relation est beaucoup plus vive. Il y a une forte créativité avec le mobile. De plus, la qualité des images produites par le mobile évolue tellement rapidement que d’ici quelques années nous ne verrons plus la différence à l’écran entre un film tourné avec le téléphone mobile et un film tourné avec des caméras vidéos. Nous savons que le processus de production va fondamentalement changer parce que cette partie du tournage qui est généralement une partie chère, va désormais pouvoir être établie dans des conditions financières beaucoup plus faciles et beaucoup moins chères que la vidéo traditionnelle. Il restera bien sûr tout le développement en amont et toute la post production, mais cette partie sera également beaucoup moins chère. Donc, nous voyons bien que cela va changer les choses.

    média + : A votre avis, ces films crées à partir des téléphones mobiles vont-ils faire concurrence aux films traditionnels ?

    Florence Herszberg : Je ne sais pas si cela fera concurrence. Les films fabriqués à partir des téléphones mobiles vont s’ajouter aux autres styles. Cela va surtout changer les modes de production. Ils ne se substitueront jamais à une caméra traditionnelle et Martin Scorcese continuera à tourner en 35′. En revanche, cela veut dire qu’il y aura de nouveaux entrants qui viendront sur ce domaine-là, qui ont été formés avec cette caméra. Par exemple, Agnès Varda a commencé en 35, elle a ensuite utilisé sa caméra digitale vidéo et elle a fait des documentaires magnifiques. Nous pouvons imaginer qu’un jour elle prendra son téléphone…

    média + : Qu’en est-il des films conçus pour les écrans des téléphones mobiles ?

    Florence Herszberg : Concernant les films qui sont produits pour les écrans des téléphones, il y a un grand business à prévoir. Pour l’instant, le business modèle n’est pas là, cela dépendra des modes de diffusion. Je pense qu’il va y avoir un modèle assez rapidement, lorsque nous allons nous rendre compte que quand nous produisons pour la télévision ou pour Internet, nous produisons aussi pour le mobile. C’est la convergence des médias: c’est le fait que les images peuvent être diffusées sur plusieurs plateformes et dans ce domaine, il y a un modèle économique. Pour l’instant, le business modèle n’existe pas parce que les producteurs n’arrivent pas à faire payer aux opérateurs de télécoms les formats créatifs, donc ils n’investissent pas d’argent dans la réalisation. Les opérateurs de télécoms sont un peu frileux parce que le modèle du client final n’est pas trouvé. Le seul modèle qu’ils connaissent c’est de faire payer à l’acte, c’est-à-dire payer en plus du forfait pour voir un petit film. Or, le consommateur refuse de payer en plus de son forfait. Pour qu’il accepte de payer plus, il faudrait que les opérateurs de télécoms développent une stratégie qui mette en avant des marques fortes, comme le sport, les people. Nous sommes sur des business modèles qui vont forcément évoluer.