Trois questions à … Philippe Gault, président du SIRTI

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    Selon le Syndicat interprofessionnel des radios et télévisions indépendantes (SIRTI), malgré les avancées du Sénat, le projet de loi sur la télévision du futur ferme encore trop le secteur. Philippe Gault, le président du SIRTI, nous explique en quoi il s’agit d’un texte de numerus clausus et non pas de liberté.

    média+ : Comment considérez-vous les protestations des groupes NRJ, Bolloré et NextRadioTV concernant le projet de loi sur la télévision du futur ?

    Philippe Gault : Ils sont dans une position ambiguë. Ils se présentent comme des nouveaux entrants ou des indépendants, mais prétendent qu’il faut la totalité des avantages aux acteurs TNT. Notamment, Marc Pallain, président du directoire de NRJ Group, demande le retrait de la chaîne bonus au bénéfice des opérateurs historiques, ce à quoi nous souscrivons. En revanche, il leur faut la priorité sur la télévision haute définition et sur la télévision mobile personnelle. Il faut interdire la vente de téléviseurs sans décodeurs TNT et adopter la même numérotation sur tous les bouquets. Ils veulent tout pour eux, les entrées, et surtout pas de nouveaux entrants. Le paysage audiovisuel français devrait s’organiser autour des 18 chaînes gratuites de la TNT. Il n’y a plus que trois nouveaux entrants depuis qu’Agroup s’est vendu à TF1. On est sorti d’un oligopole restreint à trois et on voudrait reconstituer un oligopole à six.

    média+ : Quel serait le rôle de la télévision indépendante dans ce paysage audiovisuel ?

    Philippe Gault : Les télévisions indépendantes sont des PME qui éditent leurs programmes en dehors des grands groupes. Elles occupent une niche délaissée par les principaux éditeurs. Parfois, elles tombent sur une niche très porteuse et se font concurrencer par les grands. Comme Trace TV, une chaîne sur les cultures urbaines ou Motors TV concurrencés pas AB Motors. La diversité des contenus des éditeurs indépendants contamine positivement tout un secteur et fait que les grands acteurs ne peuvent s’endormir sur leurs lauriers et se partager le marché. Or le projet de loi n’a pas été conçu dans un soucis de diversification mais pour fermer le marché. On nous a expliqué qu’on avait besoin de géants de l’audiovisuel en France. C’est la théorie du patriotisme économique. On se dit que dans quelques années, on pourrait se retrouver avec 2 groupes, le service public et un géant français, comme Mediaset de Berlusconi, qui rayonnera pour la France dans le monde entier. On préfère cela à un paysage audiovisuel à l’image des radios françaises.

    média+ : En quoi des télévisions indépendantes pourraient être intéressées par de la télévision haute définition ou de la télévision mobile personnelle ?

    Philippe Gault : Il y a déjà des projets parmi les adhérents du SIRTI. La TV mobile est un nouveau mode de télévision avec un mode de consommation approprié qui sera très compatible avec des formats courts et thématiques. Les chaînes indépendantes peuvent les produire. Le programme d’une chaîne comme l’Equipe TV est déjà en soi adapté à la télévision mobile, mais ils peuvent aussi décliner des produits spécifiques, adaptés au fait qu’on est à la fois en mobilité et sur des récepteurs de petite dimension. Apparemment, les grands groupes de télévision souhaitent que les télévisions mobiles et haute définition ne transmettent que la TNT. Ce ne serait qu’utiliser un robinet de plus pour diffuser les mêmes contenus. Ils sont tellement contents de leurs programmes qu’ils les voient déjà diffusés sur tous les écrans. On peut comprendre que ce soit l’intérêt des 18 chaînes de la TNT. Mais ce n’est pas l’intérêt du téléspectateur.