Une radio indépendante turque voit sa licence révoquée pour avoir laissé un invité évoquer sur son antenne le «génocide arménien»

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Une radio indépendante turque condamnée pour avoir laissé un invité évoquer sur son antenne le «génocide arménien» de 1915 a vu sa licence révoquée par le Haut conseil turc de l’audiovisuel (RTÜK), a-t-on appris mercredi. «Le RTÜK a annulé la licence d’Açik Radyo.

La raison en est que sa direction n’a pas respecté la suspension de cinq jours (de l’un de ses programmes) pour «incitation à la haine et à l’hostilité»», a annoncé sur le réseau social X Ilhan Tasci, un membre du RTÜK, désigné par l’opposition.

Didem Gençtürk, coordinatrice des programmes de cette radio indépendante basée à Istanbul, a confirmé cette décision.

Açik Radyo, qui émet depuis près de trente ans et se proclame «ouverte à tous les voix et à toutes les couleurs», avait été condamnée fin mai à une amende et à cinq jours d’interdiction de diffusion de son émission dans laquelle, le 24 avril, un invité était revenu sur les massacres d’Arméniens perpétrés en 1915 par les troupes ottomanes, les qualifiant de «génocide», à l’instar de nombreux historiens.

Le Haut conseil turc de l’audiovisuel avait, dans sa décision, reproché à la station de ne pas avoir «tenté de corriger les déclarations faites par l’invité».

Le génocide arménien est reconnu en tant que tel par les gouvernements ou les parlements de nombreux pays, dont les États-Unis, la France et l’Allemagne. Le nombre des Arméniens ayant trouvé la mort est évalué à entre 600.000 et 1,5 million.

La Turquie, issue du démantèlement de l’Empire ottoman en 1920, continue de récuser ce terme et évoque des «massacres» doublés d’une famine, dans laquelle 300.000 à 500.000 Arméniens et autant de Turcs ont péri.

Dans un communiqué publié après sa condamnation, la radio avait rappelé qu’elle «a toujours défendu la liberté de pensée et d’expression et la liberté de la presse».

«Aucune expression dans le programme sanctionné n’a dépassé (ces) limites» avait-elle affirmé.

«La décision (…) du Haut conseil de l’audiovisuel concernant @acikradyo est clairement contraire à l’article 26 de la Constitution, qui réglemente la liberté de pensée et d’expression», a réagi sur X le syndicat turc de journalistes TGS.