Vivendi fait rentrer le chinois Tencent au capital d’Universal Music

785

Vivendi va vendre 10% de sa filiale Universal Music à un consortium emmené par le colosse de l’internet chinois Tencent, introduisant ce dernier au capital d’une des grandes majors musicales mondiales, et ouvrant plus grand les marchés d’Asie à un catalogue prestigieux qui va des Beatles à Rihanna. Le géant français des médias a signé la semaine dernière un accord avec ce consortium pour lui céder 10% du capital d’Universal Music Group (UMG) pour un montant de 3 milliards d’euros, a-t-il indiqué. L’opération, «sur la base d’une valeur d’entreprise de 30 milliards d’euros pour 100% du capital d’UMG», devrait être finalisée d’ici mi-2020 sous réserve des feux vert réglementaires, ajoute le groupe. Ce même consortium, composé de Tencent et de «certains investisseurs financiers internationaux» non nommés, pourrait contrôler ultérieurement un cinquième de la «major»: il dispose d’une option d’achat d’un an pour une participation supplémentaire de 10% «sur la même base de prix». La transaction marque une nouvelle percée marquante de grands groupes chinois dans l’industrie mondiale du divertissement, à la suite de multiples investissements à Hollywood. Universal Music fait en effet partie des 3 grandes majors qui dominent le marché mondial de la musique, aux côtés des américains Sony Music Entertainment et Warner Music Group. Outre des valeurs sûres (Beatles, Rolling Stones, Bee Gees,…), UMG a signé à son catalogue plusieurs artistes aux succès internationaux plus récents, tels que Rihanna, Justin Bieber, Lady Gaga ou Ariana Grande. Vivendi avait annoncé dès juillet 2018 son intention de céder jusqu’à 50% du capital d’UMG, disant alors rechercher «un ou plusieurs partenaires stratégiques». Des sources proches du dossier tablaient alors sur un accord avec un groupe technologique. Le groupe français avait finalement indiqué en août dernier avoir engagé des négociations avec Tencent, son 1er partenaire potentiel. Un choix stratégique: déjà lié à Universal Music par des accords de distribution, le groupe coté à Hong Kong domine l’internet chinois via son omniprésente application de messagerie multifonctions WeChat, son service de paiement électronique et ses jeux vidéo sur mobile. Dirigé par le multimilliardaire Pony Ma (23e fortune mondiale selon Bloomberg), Tencent multiplie justement les investissements tous azimuts pour muscler son offre de contenus numériques, notamment en produisant des films et émissions de divertissements. Mieux: extrêmement populaire, la propre plateforme de musique en ligne du géant chinois, Tencent Music, est entrée à la Bourse de New York en décembre 2018… avec Vivendi parmi ses actionnaires. L’entrée de Tencent au capital pourrait permettre à UMG d’accroître sa présence numérique et ses revenus dans un marché chinois en plein essor et plus largement dans les pays d’Asie, en y rendant plus visibles ses vedettes labellisées. Un 2nd accord sera d’ailleurs «prochainement» conclu pour permettre à Tencent d’acquérir spécifiquement «une participation minoritaire» dans la filiale d’UMG regroupant ses activités en Chine. La composition du consortium mené par Tencent n’est pas précisée, mais le groupe avait été courant novembre en pourparlers avec le fonds souverain singapourien GIC et la société d’investissement asiatique Hillhouse Capital pour l’aider à financer l’opération en «partageant les risques», rapportait alors l’agence Bloomberg. A l’inverse, en plus d’un accès accru aux marchés asiatiques, Vivendi ne cache pas son ambition d’y «rechercher et promouvoir de nouveaux talents». UMG a réalisé un c.a. de 3,3 milliards d’euros au 1S 2019, soit 44% de celui de l’ensemble du groupe Vivendi – mais ces revenus ne proviennent pour l’essentiel que d’une dizaine de pays, et l’Asie reste relativement mal desservie par les grandes majors musicales.