Le blocage d’internet, imposé depuis le 8 janvier par les autorités iraniennes face aux manifestations contre le pouvoir, est une arme de plus en plus utilisée, généralement dans le but d’étouffer des contestations ou d’invisibiliser des conflits. L’organisation de défense des droits numériques Access Now a recensé un record de 296 coupures volontaires d’internet dans 54 pays en 2024, selon leurs dernières données disponibles. Dans le détail, 103 coupures étaient liées à des conflits, 74 à des mouvements de protestation, 16 décidées pour empêcher la triche aux examens, 12 en période d’élections. C’est en Birmanie (85 coupures), en Inde (84) et au Pakistan (21) qu’étaient alors comptabilisées le plus de coupures. Exemples marquants de blackouts ces dernières années :
– En Afghanistan en 2025 – Au début de l’automne dernier, l’Afghanistan a imposé à sa population une coupure nationale d’internet de 48 heures, sur ordre du chef suprême des talibans, afin de prévenir le «vice» et la «corruption morale». Une fois la connexion rétablie, les autorités ont restreint l’accès aux réseaux sociaux Facebook, Instagram et Snapchat.
– Au Soudan depuis 2023 – Depuis avril 2023 et le début du conflit au Soudan entre armée et paramilitaires, les deux camps utilisent régulièrement les coupures des télécommunications comme armes de guerre. Début 2024, par exemple, une coupure à l’échelle nationale a affecté près de 30 millions de Soudanais pendant plus d’un mois, selon des organisations humanitaires et de défense des droits humains. Au Darfour (ouest), internet reste largement inaccessible encore aujourd’hui.
– Au Tigré depuis 2020 – En novembre 2020, les réseaux internet et téléphoniques sont coupés au Tigré, dans le nord de l’Ethiopie, alors qu’est menée une opération militaire dans cette région dissidente. L’origine de la coupure n’est pas établie avec certitude. Les connexions internet sont progressivement rétablies à partir de fin 2022, mais des perturbations subsistent encore aujourd’hui.
– En Birmanie depuis 2019 – La Birmanie a imposé pendant 19 mois, de juin 2019 à février 2021, une coupure totale d’internet dans les Etats de Chin et de Rakhine (nord), une zone de conflit ethnique, sous l’autorité du gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi. Internet est rétabli le 3 févier 2021, au surlendemain d’un coup d’Etat militaire qui a renversé Aung San Suu Kyi. Mais le nouveau pouvoir militaire utilise les mêmes armes numériques, en imposant des blackouts d’internet dans le pays. Depuis le putsch de 2021, le groupe militant Myanmar Internet Project a recensé plus de 400 coupures d’internet régionales dans ce qu’elle qualifie de «coup d’Etat numérique».
– Au Cachemire en 2019 – L’Inde impose le 4 août 2019 une coupure totale d’internet dans la région du Cachemire, pour éviter tout soulèvement au moment de la révocation par New Delhi de l’autonomie constitutionnelle de la région. Au fil des mois, les restrictions d’internet et des télécommunications fluctueront, jusqu’à un rétablissement complet de la 4G en février 2021.
– Déjà en Iran en 2019 – En Iran, où les réseaux internet local et mondial sont séparés, les autorités avaient déjà coupé pendant une semaine en novembre 2019 la connexion au reste du monde, pendant un mouvement de manifestations violentes déclenchées par une hausse du prix de l’essence en pleine crise économique. Même en l’absence de blocage, internet en Iran fait l’objet de restrictions drastiques, notamment à l’encontre de la messagerie WhatsApp et du réseau social Instagram.
– Des coupures ciblées – Comme en Iran, les autorités d’autres pays imposent parfois des restrictions ciblées sur certains sites ou services. Le Népal a ainsi bloqué début septembre des dizaines de réseaux sociaux, une décision qui a provoqué des émeutes antigouvernementales lourdement réprimées. Ils ont depuis été rétablis.

































