J. JOURNO (AccessiWay) : «L’accessibilité numérique, c’est un levier de performance.»

J. JOURNO (AccessiWay) : «L’accessibilité numérique, c’est un levier de performance.»

Longtemps reléguée au second plan, l’accessibilité numérique s’impose aujourd’hui comme un levier clé de performance, d’inclusion et de transformation. À l’heure où les usages digitaux explosent, Jerry Journo, Directeur général France d’AccessiWay, revient sur les enjeux d’un sujet devenu incontournable pour les entreprises.

Pourquoi faire de l’accessibilité numérique la première brique de la transformation digitale aujourd’hui ?

Le digital a été conçu, à l’origine, pour rapprocher les gens. L’accessibilité numérique en est en quelque sorte le moteur. Si, dans une transformation digitale, on ne veille pas à ce que chacun puisse s’intégrer, percevoir et recevoir un message, alors cela perd une grande partie de son sens. Aujourd’hui, rendre ce sujet incontournable, c’est simplement revenir à l’essence même du digital : permettre à tous d’accéder à l’information et aux services.

Votre partenariat avec CBTW (entreprise tech internationale) marque-t-il un changement d’échelle pour AccessiWay ?

Oui… et non. Non, parce que nous étions déjà partenaires. Mais avec CBTW, nous allons plus loin dans la collaboration. L’objectif est clair : démocratiser, simplifier et diffuser encore davantage l’accessibilité numérique. Ce partenariat permet d’accélérer cette dynamique et de toucher un périmètre encore plus large d’entreprises.

L’accessibilité est-elle encore perçue comme une contrainte ?

Il y a quelques années, le sujet était encore méconnu. Ensuite, il a été vécu comme une contrainte, une obligation réglementaire, parfois associée à une problématique budgétaire. Aujourd’hui, le regard évolue. L’accessibilité est de plus en plus perçue comme un levier concret, notamment pour améliorer l’expérience utilisateur et la conversion. Elle apporte une nouvelle grille de lecture pour optimiser les parcours et s’assurer que le message est bien compris.

En quoi l’European Accessibility Act change-t-il réellement la donne pour les entreprises ?

Avant cette directive, chaque pays avait ses propres règles, souvent basées sur la taille des entreprises. En France, par exemple, seules certaines structures, notamment publiques ou réalisant plus de 250 millions d’euros de chiffre d’affaires, étaient concernées. L’European Accessibility Act change profondément la logique : on ne raisonne plus par type d’entreprise, mais par type de service. Cela élargit considérablement le périmètre, notamment à des secteurs comme l’e-commerce, la banque, l’assurance ou les médias. Résultat : le sujet devient beaucoup plus structurant et incontournable.

Peut-on mesurer un ROI direct d’un site ou d’une application accessible ?

Aujourd’hui, il est encore difficile de mesurer un ROI direct. En revanche, les effets indirects sont très concrets. Une meilleure accessibilité améliore l’expérience utilisateur : plus de temps passé sur le site, une baisse du taux de rebond, une meilleure compréhension des contenus… Cela peut aussi favoriser la conversion. Sans oublier un point essentiel : l’ouverture à un public plus large, notamment les personnes en situation de handicap, qui représentent un marché considérable.

Pourquoi l’accessibilité reste-t-elle encore trop souvent intégrée trop tard dans les projets digitaux ?

C’est avant tout une question de réflexe… qui n’est pas encore suffisamment ancré. On ne pense pas spontanément à l’accessibilité. C’est un peu comme dans la vie quotidienne : on ne se met pas toujours à la place d’une personne en situation de handicap avant de concevoir un dispositif. Dans le digital, c’est la même chose. Beaucoup de projets avancent sans se poser la question dès le départ : « Mon expérience est-elle accessible pour tous ? » Cela progresse, mais il reste encore un vrai travail d’acculturation.

Les enjeux d’accessibilité dépassent-ils aujourd’hui le seul cadre du handicap ?

Oui, totalement. J’aime bien utiliser une image très concrète : celle des rampes d’accès dans les espaces publics. À l’origine, elles sont conçues pour les personnes à mobilité réduite. Mais dans les faits, elles sont utilisées par tout le monde : parents avec poussette, voyageurs avec valise… Dans le digital, c’est exactement la même logique. Un site accessible bénéficie à tous : une meilleure lisibilité, une navigation plus claire, une information mieux structurée. Cela concerne aussi les seniors, ou tout simplement des utilisateurs qui veulent une expérience fluide. L’accessibilité est universelle.

Les entreprises françaises sont-elles en avance ou en retard sur ces enjeux ?

Elles se situent plutôt dans la moyenne. Ce ne sont ni les plus avancées, ni les plus en retard. La France a la chance de compter des entreprises très structurées, qui avancent sur ces sujets. Mais il reste encore une marge de progression importante. Les secteurs comme la banque et l’assurance sont parmi les plus avancés, notamment parce qu’ils ont été soumis plus tôt à des obligations réglementaires. En revanche, il reste un cap à franchir : passer d’une logique déclarative (dire que l’on prend le sujet en compte) à une transformation en profondeur et durable des services proposés.

À quoi ressemblera une expérience digitale 100 % accessible dans cinq ans ?

Ce sera une expérience où chacun pourra percevoir, comprendre et utiliser l’information, quel que soit son profil. Une expérience réellement adaptée à tous, sans friction. C’est cela, au fond, l’objectif ultime : un digital inclusif par défaut.

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