Le banquier d’affaires, engagé à gauche et propriétaire du groupe de médias Combat, a officialisé mercredi sur France Inter son intention de «peser le plus possible» sur la prochaine présidentielle. «Il est trop tôt aujourd’hui pour dire à quelle place ou dans quel rôle peser», a-t-il ajouté, un mois après que l’hebdomadaire «Marianne» a évoqué ses prétentions pour l’Élysée. Restant encore flou sur un acte de candidature à la prochaine élection présidentielle, M. Pigasse revendique depuis longtemps mener une bataille idéologique contre le Rassemblement national (RN). Le nom de son groupe, Combat, incarne cette lutte menée sur le terrain médiatique contre CNews, Europe 1 et le «JDD», dans le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré. Cette forme atypique d’engagement politique tranche avec la trajectoire classique d’un diplômé de Sciences Po puis de l’ENA, dont la carrière commence en 1994 à la direction du Trésor, puis auprès de Dominique Strauss-Kahn et de Laurent Fabius. Le retour de la droite au pouvoir en 2002 le jette dans les bras du secteur privé. Propulsé directement associé de la banque Lazard, il décroche de nombreux mandats prestigieux, de la création de la banque d’affaires Natixis à la fusion GDF-Suez en passant par la vente du PSG ou la renégociation de la dette de l’Argentine. C’est «le banquier que l’on s’arrache», titrait «Le Monde» en 2006 dans un portrait qui lui était consacré. Son ascension fulgurante fait des jaloux: «la moitié de la finance parisienne l’adore, l’autre moitié le déteste», résume une de ses collaboratrices. Mais en 2019, l’imprévisible responsable mondial des fusions et acquisitions et de l’activité de conseil aux gouvernements de Lazard quitte ses fonctions officiellement pour se consacrer à un «projet personnel de nature entrepreunariale». Plusieurs médias font alors état de tensions avec d’autres dirigeants de la banque franco-américaine. On le retrouve le printemps suivant à la direction du bureau de Paris de la banque d’affaires Centerview, dont on peut apercevoir le palais de l’Élysée depuis les locaux de l’avenue Matignon. Peut-être s’inspire-t-il d’ailleurs de la trajectoire d’Emmanuel Macron, ex-banquier d’affaires issu de la banque concurrente de Lazard, Rothschild. Matthieu Pigasse mène parallèlement depuis une quinzaine d’années ses propres activités d’investissement à titre personnel dans les médias et la culture. Il a constitué un groupe, Les Nouvelles éditions indépendantes (LNEI), devenu depuis 2021 Combat, qui détient le magazine Les Inrocks, Radio Nova ou le festival de musique Rock en Seine, et est actionnaire du géant de la production audiovisuelle Mediawan. En 2010, M. Pigasse a également participé à la recapitalisation du quotidien Le Monde, avec le magnat des télécoms Xavier Niel et celui du luxe Pierre Bergé, décédé depuis. Matthieu Pigasse, né en 1968 à Clichy, en région parisienne, est un familier de la presse. Son père a travaillé pour La Manche libre et son frère a longtemps dirigé la rédaction du magazine people Public. Tandis que Radio Nova a dernièrement accueilli plusieurs humoristes sur ses antennes, dont Guillaume Meurice, licencié en juin 2024 de France Inter, Matthieu Pigasse pourrait s’inspirer d’un de leurs illustres prédécesseurs, selon l’hebdomadaire Marianne. «Son modèle? Coluche, en 1981», affirmait le magazine mi-décembre. L’humoriste s’était alors engagé dans une vraie-fausse candidature à la présidentielle. «Il songe donc à lancer une candidature qui puisse participer à la dispute civilisée, influencer les débats, en particulier à gauche, avant de très certainement se retirer. Mais peut-être se prendra-t-il au jeu si le succès dépasse ses espérances…», croit savoir «Marianne». Le père de trois enfants, grand amateur de rock, n’a jamais caché sa sensibilité de gauche. En juin 2024, il appelle à voter pour le Nouveau Front populaire (NFP) après la dissolution décidée quelques jours plus tôt par Emmanuel Macron.

































