ESPACE PROD – Timothée VIENNE, Président-fondateur – VideoClub Studio
En à peine cinq ans, Timothée VIENNE a imposé VideoClub Studio comme une société de production indépendante à la croisée du documentaire, du digital et de l’écriture de marque, portée par une nouvelle génération de créateurs passionnés.
Cinq ans après la création de VideoClub Studio, quel regard portez-vous sur le chemin parcouru ?
J’en suis extrêmement fier. Créer une société en sortant du Covid, tout seul, sans appui particulier, relevait d’un vrai défi. Aujourd’hui, VideoClub Studio compte une dizaine de salariés, travaille avec des diffuseurs majeurs comme M6, TF1 ou France Télévisions, et collabore également avec de grandes marques – McDonald’s, Axa, Citroën ou Sodexo, pour n’en citer que quelques-unes. Réussir à imposer une société indépendante, c’est déjà une victoire en soi. Mais ce dont je suis le plus fier, c’est d’avoir réussi à imprimer une marque, une identité. Désormais, quand je me présente à un diffuseur, on sait ce que représente VideoClub : un style, une écriture, une valeur de production reconnue. C’est la plus belle récompense.
Quel est votre ADN ?
Nous sommes des «scénaristes du réel» profondément attachés au documentaire : c’est notre cœur de métier. J’aime la narration, le fait de plonger dans un univers, d’aller chercher l’humain derrière les faits. Récemment, nous avons signé pour «66 minutes» une immersion passionnante dans une école d’exception, digne d’une série américaine : le lycée français de Los Angeles. Nous travaillons aussi sur de grands portraits de personnalités. Cette série, initiée il y a quelques années avec Jean-Luc Reichmann pour TF1, est devenue un vrai terrain d’expression. Entrer dans l’intimité de figures populaires, explorer leur enfance, leur histoire familiale, leur relation à leurs parents, c’est une manière d’universaliser le récit et de le faire résonner en chacun de nous.
Comment abordez-vous la création de formats originaux ?
Notre approche repose sur la singularité et la qualité d’exécution. Les diffuseurs sont très sollicités et, souvent, ils privilégient les grands groupes. Pour exister face à eux, un producteur indépendant doit proposer une écriture différente, une vraie valeur de production et des accès que les autres n’ont pas. Prenons l’exemple du documentaire «Hallyday par David». Beaucoup avaient tenté de convaincre David Hallyday, y compris de célèbres plateformes, sans succès. Nous avons réussi à établir un climat de confiance, à l’accompagner dans ce récit intime et puissant, et à convaincre David. Quand M6 nous a dit «On y va… et on va le programmer en prime time», ça a été une immense fierté. C’est un film événement, l’un des trois ou quatre grands docs annuels de la chaîne, et il a réalisé de belles audiences tant en linéaire que sur M6+. L’un de nos grands atouts, c’est notre force de conviction, le fait d’être habités par chacun de nos sujets. Créer une relation de confiance pour convaincre quelqu’un de se livrer, d’ouvrir les portes de son histoire, c’est un travail de fond. C’est ce savoir-faire qui nous permet de proposer des documentaires et des récits forts, d’aller chercher les histoires que les autres ne peuvent pas raconter.
Vous évoquez aussi un développement vers de nouveaux modèles…
Nous voulons sortir du cadre traditionnel de la production télévisuelle. Cela passe par deux axes : les marques et le digital. Avec les marques, nous développons de nouveaux modèles de collaboration : du brand content, pensé et raconté comme un format à part entière. Par exemple, nous travaillons actuellement avec un constructeur automobile sur un talk immersif : une personnalité embarque des invités à travers la France dans un road trip des territoires. C’est un format produit pour une marque, mais conçu comme un vrai programme. Ce type d’opportunité, la télévision ou les plateformes ne nous l’offrent pas forcément, alors que les marques, elles, nous permettent d’innover. Et puis il y a le digital. Je crois beaucoup au pouvoir de YouTube. C’est déjà – et ce sera encore davantage demain – la première porte d’entrée vers les contenus. Nous voulons y amener notre exigence de narration, notre savoir-faire documentaire, et accompagner les créateurs dans cette évolution.
Travaillez-vous avec de jeunes talents issus des réseaux sociaux ?
Oui, c’est un axe fort de notre croissance. Nous développons actuellement un projet de série documentaire avec l’un des grands espoirs du décathlon français Antoine Ferranti ou encore avec Nono, un jeune créateur marseillais qui a explosé sur TikTok et YouTube avec son format «24 heures avec». Il s’immerge dans des univers très différents – chez les milliardaires, chez les “scammers”, dans des communautés méconnues – avec une caméra, une approche instinctive, brute, sans filtre. C’est un autodidacte, un ancien “guetteur” des quartiers nord de Marseille, qui a une vraie fibre journalistique sans en avoir les codes. Certaines de ses vidéos font plusieurs millions de vues. Nous voulons l’accompagner vers des formats plus premium, plus narratifs, sans dénaturer sa spontanéité. C’est typiquement ce pont entre l’énergie du digital et l’exigence de production télévisuelle que nous voulons construire.
Quels sont vos leviers de croissance ?
Le premier, c’est de renforcer notre place dans le documentaire. L’appétence du public pour les grands récits n’a jamais été aussi forte. Nous sommes à la bonne place, dans le bon tempo. Le deuxième, c’est de développer YouTube et les formats premium digitaux, en s’associant à de jeunes talents. Nous voulons accompagner cette génération, leur apporter une structure, une expertise, et participer à la montée en gamme de leurs contenus. Enfin, le troisième levier, c’est la collaboration avec les marques, qui peuvent financer des récits ambitieux, notamment sur le digital.
Sur quels nouveaux projets travaillez-vous ?
Nous avons actuellement plusieurs projets de portraits de personnalités en développement dans la lignée de «Hallyday par David». Nous tournons aussi pas moins de 5 immersions dans des univers aussi variés que la gastronomie, l’éducation ou encore au sein d’unités d’élite des forces de l’ordre pour différentes cases magazines. Et nous continuons à accompagner plusieurs marques emblématiques dans la création de formats propriétaires. À chaque fois, l’idée reste la même : raconter le réel avec puissance, émotion et sincérité.


































