À l’occasion du lancement de «Paris Police 1910», produite par Tetra Media Fiction et diffusée à partir du 27 avril 2026 sur CANAL+, Emmanuel Daucé signe sa dernière production avant de lancer Babylone Studio. Il revient sur cette saison clé et sur ce tournant majeur de sa carrière.
MEDIA +
Avec cette nouvelle saison de «Paris Police 1910», vous poursuivez l’exploration d’un univers déjà installé. Comment avez-vous abordé son écriture ?
Emmanuel DAUCÉ
Cette saison était en réalité pensée dès l’origine, dès les premières étapes de conception de « Paris Police 1900 ». C’est aussi ce qui fait la force d’une série historique : l’Histoire elle-même nous donne une trajectoire, elle impose certains jalons narratifs. Dès le départ, Fabien Nury a fait le choix de placer Marguerite Steinheil au centre du récit. Une figure réelle, souvent réduite dans l’imaginaire collectif à son statut de courtisane et de maîtresse de Félix Faure, mais dont le destin dépasse largement cette image. En 1908, elle se retrouve au cœur d’un fait divers extrêmement violent : ligotée dans son lit, tandis que son mari et sa mère sont retrouvés assassinés. Très vite, elle devient la suspecte idéale aux yeux de la police comme de la presse, qui s’empare de l’affaire avec une fascination presque immédiate. Ce qui nous intéressait particulièrement, c’était justement cette mécanique médiatique autour d’un personnage féminin, mêlant scandale, sexualité et crime. À travers elle, nous voulions raconter les coulisses d’une époque souvent fantasmée, mais traversée de tensions très modernes.
MEDIA +
Les coûts de production des séries d’époque sont élevés…
Emmanuel DAUCÉ
«Paris Police 1910» est une série ambitieuse, soutenue par CANAL+ et STUDIOCANAL, mais qui reste une production française. Avec environ 2,2 M€ par épisode, on se situe dans une zone intermédiaire : plus élevé qu’une série française classique, mais bien en dessous des standards internationaux.Cela impose une grande rigueur dès l’écriture. Par exemple, on ne peut pas multiplier les extérieurs ou les scènes d’action comme dans un pur policier. Il faut penser chaque scène en fonction de son coût et de son impact.
MEDIA +
Vous avez donc dû faire des choix forts pour maintenir le niveau d’exigence ?
Emmanuel DAUCÉ
Oui, en permanence. Une série est un espace de contraintes. Il ne s’agit pas de mettre de l’argent partout, mais de cibler les moments clés. Je repense souvent à une scène de «Paris Police 1910», la panthéonisation de Zola. C’est sans doute la scène la plus coûteuse et la plus spectaculaire… et paradoxalement, dans l’histoire, les journalistes décident de ne pas en faire leur une, car cela n’intéresse pas le public. C’est assez ironique: la scène la plus chère est aussi celle que le récit considère comme secondaire face à un scandale criminel.
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Le modèle de diffusion évolue rapidement. Est-ce que cela change votre manière de penser le rythme narratif ?
Emmanuel DAUCÉ
Pas vraiment. Je pense que chaque série a son propre rythme. «Paris Police 1910» demande une attention soutenue : ce n’est pas une série que l’on regarde distraitement. Et je me méfie du concept de binge watching. Le terme lui-même vient du binge drinking, qui évoque une consommation excessive et oubliée. Moi, j’aimerais que les spectateurs se souviennent de ce qu’ils regardent. La stratégie de diffusion de CANAL+, avec un épisode par soirée, permet justement de donner de la valeur au programme, de créer un rendez-vous et d’éviter cette consommation rapide et oubliée.
MEDIA +
Cette série marque votre dernière production au sein de Tetra Media Fiction. Vous lancez désormais Babylone Studio. Qu’est-ce qui a motivé ce tournant ?
Emmanuel DAUCÉ
J’ai été très heureux chez Tetra Media Fiction pendant plus de 20 ans, d’abord avec Jean-François Boyer, puis au sein du groupe ITV. Mais après deux décennies, j’ai ressenti le besoin de transmettre et de passer le relais à Alexandre Boyer et Antoine Szymalka, avec qui j’ai longtemps travaillé. C’est une décision humaine autant que professionnelle. Et puis, le secteur est en pleine mutation. Cela génère des inquiétudes, mais aussi beaucoup de créativité. J’avais envie de repartir de zéro, de me réinventer, de repenser ma manière de produire.
MEDIA +
Babylone Studio sera-t-elle dans la continuité de vos productions ?
Emmanuel DAUCÉ
Il y aura une continuité forte : celle de mettre les auteurs au centre. L’écriture reste le cœur du processus. Ensuite, je ne me limite pas à un genre. J’ai fait de l’historique, du contemporain, de la comédie… et aujourd’hui, je m’intéresse notamment à l’animation adulte, ainsi qu’au cinéma. L’IA ouvre aussi de nouvelles perspectives, notamment pour renforcer encore la place de l’écriture dans la production. Babylone Studio, créée en février 2026 avec Sébastien Borivent, est basée à Paris et à Abidjan, avec une ambition de production en France comme en Afrique, francophone et anglophone.
LES DIRIGEANTS
Emmanuel Daucé
Sébastien Borivent
CEO
COORDONNEES
45 rue de Courcelles 75008 Paris
DATE DE CREATION
Février 2026
PRODUCTIONS
NC



































