Le 4 février, France Télévisions lance France TV Sport, une chaîne 100% numérique destinée à transformer la manière de vivre le sport en clair. Héritage de Paris 2024, complémentarité assumée avec le linéaire, interactivité permanente et diffusion intégrale des compétitions : Nicolas VINOY, directeur adjoint de la rédaction en charge de l’offre numérique, détaille les fondations d’un projet stratégique appelé à s’inscrire durablement jusqu’à Alpes 2030.
France Télévisions lance le 4 février une nouvelle chaîne sport 100% numérique. Pourquoi était-ce le bon moment pour franchir ce cap ?
D’abord parce que nous nous inscrivons pleinement dans l’héritage de Paris 2024. Il était essentiel de continuer à servir le sport français, mais de le faire différemment. Ensuite, il y a une fenêtre de tir exceptionnelle entre février et août, avec un calendrier et un catalogue France TV Sport particulièrement riches. C’était une opportunité à ne pas manquer. Enfin, cela peut paraître paradoxal, à l’ère du numérique, de lancer une chaîne de sport. Mais le fait d’exister en chaîne H24 change tout en matière de visibilité. Un simple direct isolé de deux heures n’est pas toujours référencé partout. En revanche, une chaîne identifiée est présente chez tous les partenaires – l’App CANAL+, Orange, les FAI – et offre une exposition maximale à nos sports. Cette chaîne est pensée pour vivre au minimum jusqu’à Alpes 2030. C’est donc un projet structurant, avec un vrai terrain d’expression à long terme.
Vous parlez d’une complémentarité totale entre le linéaire et le non-linéaire. Comment cette articulation fonctionne-t-elle concrètement lors des grands événements ?
Sur les Jeux, cela se traduit très simplement : pendant qu’une épreuve est diffusée sur France 2 ou France 3 – par exemple une descente de ski alpin – la chaîne sport proposera simultanément des qualifications de snowboard, du patinage de vitesse ou du hockey sur glace. Le soir, pendant le patinage artistique en prime sur le linéaire, la chaîne sport pourra diffuser un match de hockey avec de grandes affiches, notamment américaines. L’avantage des Jeux d’hiver, c’est qu’il y a moins de disciplines qu’aux Jeux d’été. La densité est moindre, ce qui nous permet de faire de vrais choix éditoriaux. Là où Paris 2024 pouvait proposer jusqu’à quinze disciplines en simultané, ici on en aura généralement trois ou quatre, avec souvent des Français engagés sur deux ou trois d’entre elles. L’idée est toujours la même : proposer une seconde offre forte, complémentaire, et être le «deuxième meilleur choix» pour le téléspectateur.
L’interactivité est au cœur du projet…
Sur le numérique, nous avons une obligation : proposer une expérience différente. Nous avons énormément appris, notamment sur l’animation et la modération. Soyons clairs : il n’y a pas que des philosophes sur les réseaux ou les live chats. Il faut donc être très vigilant. Nous avons mis en place une modération stricte : insultes, vulgarité, racisme, antisémitisme sont évidemment bannis. Concrètement, nous sommes passés d’un catalogue de 2 000 mots interdits à près de 6 000. Cela signifie que certains messages semblent s’afficher pour l’utilisateur, mais n’existent pas réellement dans le chat. Mais surtout, ces expériences nous ont montré que les jeunes générations veulent vivre le sport autrement. Pendant Paris 2024, nous avons enregistré 3 millions de nouveaux abonnés sur la plateforme, dont 1 million de 12-25 ans. Cette génération a besoin de réagir, de commenter, de poser des questions en direct. C’est aussi pour cela que nous avons voulu nous différencier des autres chaînes sport.
France TV Sport permet la diffusion intégrale des compétitions, là où le linéaire se concentre sur les moments forts. Est-ce une nouvelle définition du «plus grand terrain de sport» ?
Oui, totalement. Nous disposons d’un catalogue exceptionnel, et cette chaîne nous permet enfin de l’exploiter pleinement. Prenons les Championnats d’Europe de natation : 100 heures de compétition sont produites. Sur le linéaire, nous en diffuserons déjà 40 heures, ce qui est énorme. Mais la chaîne sport permet de proposer l’intégralité, avec une programmation intelligente : plongeon le matin, nage en eau libre ensuite, puis les épreuves en bassin. Autre exemple : le Tour des Flandres. Jusqu’ici, nous diffusions les 4 dernières heures. Désormais, la chaîne sport proposera l’intégralité des 7 heures produites. C’est cela, la nouvelle définition du «plus grand terrain de sport» : une offre XXL.
Les partenariats avec Sport en France et Eurovision Sport renforcent fortement votre catalogue. Que vous apportent-ils en termes de diversité sportive, de sport féminin et de parasport ?
Ils nous apportent énormément. Sport en France, notamment, nous inscrit dans des feuilletons hebdomadaires. Jusqu’ici, nos droits étaient surtout événementiels, des rendez-vous one shot. Grâce à Sport en France, nous allons retrouver chaque semaine du basket féminin, du volley, du football féminin, mais aussi beaucoup de parasport. Cela crée une régularité, une fidélisation. Eurovision Sport, de son côté, nous apporte de très grandes compétitions internationales, en complément, dans des disciplines olympiques où nous sommes pleinement légitimes.
Plus de 2 000 heures de direct annoncées en 2026 : comment maintenir visibilité et attractivité dans une offre aussi dense ?
D’abord, une partie importante de ces directs sera diffusée simultanément sur le linéaire et sur la chaîne sport, ce qui garantit une forte visibilité. Ensuite, tous nos visages du linéaire vont devenir des ambassadeurs de la chaîne sport. Quand Laurent Luyat ou Matthieu Lartot dira à l’antenne : «Retrouvez-nous en simultané sur la chaîne sport, posez vos questions sur le live chat», cela crée un réflexe chez le public. Petit à petit, un cercle vertueux va s’installer autour de l’interactivité et de cette nouvelle chaîne. Je ne suis pas inquiet sur sa visibilité.
Au-delà du direct, la chaîne mise aussi sur le documentaire, la jeunesse et le sport amateur. Est-ce là que se joue la singularité éditoriale de France TV Sport ?
Oui, clairement. Nous voulons dépasser le cadre purement «sportivo-sportif». Quand une unité comme Slash ou Lumni aborde le sport, elle le fait avec une autre sensibilité. C’est une richesse. Les documentaires, les programmes jeunesse, les magazines du réseau France 3 sur le sport amateur, le sport santé ou de proximité permettent de raconter le sport autrement. C’est cette diversité de regards qui fera la singularité de France TV Sport, notamment face aux chaînes sport traditionnelles, qui excellent dans leur domaine mais avec une approche plus classique. France Télévisions, de son côté, porte une autre ambition.



































