La rivalité acharnée entre OpenAI et son concurrent Anthropic s’intensifie aussi sur le terrain politique: les deux locomotives américaines de l’IA, dont les vues divergent sur la régulation de cette révolution technologique, rassemblent des trésors de guerre inédits pour influer sur les élections de mi-mandat à l’automne. L’IA sera l’un des enjeux des scrutins de novembre, à mi-parcours du second mandat de Donald Trump. Les démocrates et les républicains se retrouvent pris en étau entre le riche lobby de la tech, moteur de la croissance économique du pays, et une opinion publique méfiante sur les avancées non régulées de l’IA et hostiles aux centres de données géants. En prévision des élections, qui vont renouveler la Chambre des représentants et un tiers du Sénat, les différentes chapelles de la Silicon Valley mettent la main à la poche: elles abondent des «super PAC» (Political action committee), nom donné à des structures pouvant dépenser des fonds illimités dans des campagnes médiatiques ou d’influence, sans financer directement les candidats. Le camp de l’industrie est mené par «Leading the Future», un super PAC opposé à une régulation trop stricte de l’IA, soutenu par le président d’OpenAI Greg Brockman, le géant du capital-risque Andreessen Horowitz, le cofondateur de Palantir Joe Lonsdale et la start-up Perplexity. Greg Brockman et son épouse Anna figurent par ailleurs parmi les plus importants donateurs récents – 25 millions de dollars – du principal super Pac de soutien à Donald Trump. Leading the Future, qui a récolté 125 millions de dollars au 2nd semestre 2025, est codirigé par Josh Vlasto, ancien conseiller de Fairshake, le super PAC du secteur des cryptomonnaies dont il s’inspire. En 2024, la campagne financée par Fairshake contre les candidats méfiants envers les actifs numériques avait contribué à l’élection de plusieurs législateurs ayant depuis soutenu des assouplissements pour les cryptomonnaies. Inquiète de voir ce scénario se répéter pour l’IA, Anthropic, qui se veut le héraut d’une IA plus sécurisée et régulée avec son modèle Claude, est entrée dans l’arène. L’entreprise, fondée en 2021 par des anciens cadres d’OpenAI, a versé jeudi 20 millions de dollars à un super PAC concurrent, «Public First Action», qui prône l’instauration de garde-fous pour l’IA. Ce groupe, dont les donateurs peuvent rester anonymes, prévoit de soutenir 30 à 50 candidats des deux partis lors des scrutins fédéraux et locaux de 2026. L’administration Trump, très critique des dirigeants d’Anthropic, prône une régulation minimale, pour ne pas brider l’innovation et permettre de lancer de nouveaux modèles sans contrainte de tests de sécurité préalables. Les deux groupes s’affrontent sur les tentatives de l’administration Trump de bloquer toute régulation locale de l’IA. En l’absence d’action fédérale, de nombreux États examinent des lois pour encadrer cette technologie et ses impacts sur la santé mentale, l’environnement ou le travail. Moins financé que Leading the Future, Public First Action mise sur un atout majeur : le soutien de l’opinion publique, largement favorable à un encadrement strict de l’IA. « Peu d’efforts structurés mobilisent citoyens et politiciens sur ces enjeux », déplore Anthropic, dénonçant les moyens massifs concentrés sur les opposants. Certains points chauds émergent : en Floride, Byron Donalds, partisan d’une IA sans frein, est soutenu pour le poste de gouverneur, et à New York, leurs campagnes ciblent Alex Bores, élu favorable à la régulation. Joe Lonsdale, cofondateur de Palantir, avait averti : «des populistes déjantés pourraient tout casser, et nous ne pouvons pas laisser faire cela».



































