Canal+, acteur incontournable et premier financeur du cinéma français

Canal+, acteur incontournable et premier financeur du cinéma français

Le groupe Canal+, dont l’actionnaire de référence est Vincent Bolloré, s’est bâti il y a quarante ans autour de la production et la diffusion de contenus et reste aujourd’hui le premier financeur du cinéma tricolore, présent d’un bout à l’autre de la vie d’un film.

Le président de Canal+, Maxime Saada, a annoncé dimanche en marge du festival de Cannes qu’il ne souhaitait plus travailler avec les professionnels du secteur ayant signé une pétition contre le milliardaire conservateur, provoquant l’émoi dans la profession. Et pour cause: Canal+ s’est engagé à investir 160 millions d’euros en 2026 et 170 millions en 2027 dans le cinéma français, après 150 millions en 2025, en recul toutefois par rapport aux 220 millions investis les années précédentes.

En contrepartie, Canal+ peut continuer à diffuser des films de façon privilégiée, six mois après leur sortie en salles, en vertu du régime français de la «chronologie des médias». «Le cinéma est la première motivation à l’abonnement Canal+», souligne régulièrement le groupe audiovisuel à l’envergure mondiale. Les montants ont été fixés dans un accord conclu début 2025 et pour trois ans avec les organisations du cinéma. Il «prévoit, pour la première fois, une clause minimum de 255 pré-achats d’oeuvres cinématographiques de long métrage d’expression originale française» sur trois ans, s’étaient félicitées alors les organisations professionnelles. Le groupe, qui se déploie de la comédie populaire aux films à grand spectacle, a dans le même temps affirmé «amplifier» son engagement auprès des «films de la diversité», au budget inférieur à 4 millions d’euros. Les tractations avaient été tendues entre la filière cinématographique et Canal+, qui menaçait de fortement baisser ses investissements annuels face à l’offensive de la plateforme américaine Disney+ dans le 7e art hexagonal. Grâce à des investissements renforcés (25% de son chiffre d’affaires net annuel généré en France, au moins 70 films sur trois ans), Disney+ a obtenu une fenêtre de diffusion pour les films 9 mois après leur sortie, contre 17 jusqu’alors. Canal+ avait alors fait part de son mécontentement, évaluant à 35 millions d’euros le montant promis par Disney+, un chiffre non confirmé par le groupe américain.

«La question pour les organisations du cinéma (…) c’est: «Est-ce qu’elles préfèrent un modèle dans lequel Canal+ contribue largement (…) ou est-ce qu’elles veulent se libérer de cette dépendance, mais prendre le risque de perdre 150 ou 200 millions d’investissements du groupe Canal ?», avait alors lancé le patron de Canal. Canal+ détient son propre studio interne de cinéma et de télévision, StudioCanal, présenté comme leader en Europe. Il produit et distribue près de la moitié des 200 films et 80 séries du groupe chaque année, grâce à son réseau de 23 sociétés de production réparties en Europe et aux États-Unis.

Il est à l’origine notamment des films «Paddington» ou «L’Amour Ouf» et dispose d’une bibliothèque de plus de 9.400 titres. Canal+ est présent à toutes les étapes de la vie d’un film, de son préfinancement jusqu’à sa distribution et son exploitation en salle. Le groupe a ainsi acquis en septembre 34% du capital d’UGC, le réseau de salles qu’il espère contrôler dans sa totalité à partir de 2028. Canal+ indique, par ailleurs, être derrière 49 films à Cannes, dont 13 en compétition cette année.

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