A. BLONDELOT et L. BESSON (Eurodata TV Worldwide) :  » Il y a un vrai appétit du téléspectateur pour la série locale »

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Les chaînes consacreraient en moyenne 32% de leur programmation de Prime, aux séries. Une stratégie gagnante décortiquée dans le «Scripted Series Report». Détails avec Avril BLONDELOT, Responsable Etudes Internationales à Eurodata TV Worldwide et Léa BESSON, Consultante Média.

média+ : Pour fédérer un public volatil, sur quel type de fictions misent les chaînes ?

Avril BLONDELOT : Les diffuseurs investissent fortement sur les fictions locales et les adaptations. Ce n’est pas nouveau. Cela fait des années que les séries locales apparaissent dans le Top 15 national des pays étudiés dans notre rapport Scripted Series. Leur proportion atteint 78% (contre 75% l’année dernière) ou même 84% si on inclut les productions semi-nationales. Il y a un vrai appétit du téléspectateur pour le local. La présence de comédiens proches du public mêlés à une identification des lieux peuvent jouer en faveur de ces séries. D’ailleurs, les diffuseurs locaux sont les mieux placés pour comprendre ce qui peut intéresser leur territoire et n’hésitent pas à tirer le meilleur de l’international en adaptant un nombre croissant de formats étrangers. Le risque engagé sur les schémas narratifs, l’univers et l’intrigue est ainsi minimisé.

média+ : Les hits internationaux sont-ils moins nombreux dans les palmarès nationaux ?

Léa BESSON : Le local s’est structuré, les coproductions aboutissent souvent à des séries de qualité et elles concurrencent ainsi les séries américaines et anglaises. Pourtant, dans nos hits internationaux, on retrouve cette année encore «Downton Abbey» lancée en 2010, «Person of Interest», «CSI» et Mentalist». Ces franchises continuent à voyager, et on peine à trouver leurs remplaçants. L’an dernier, 26 séries étrangères apparaissaient dans le Top 15 national et/ou dans le Top 3 des 103 chaînes étudiées, dans au moins 2 pays. Cette saison, elles ne sont plus que 19 dans le palmarès. Parmi elles, «The X-Files», «Zoo» et «Tut». On constate que de «petites» chaînes savent tirer parti de plus en plus des séries étrangères.

média+ : Typiquement sur les séries, les plateformes de SVOD déstabilisent-elles les chaînes linéaires ?

Avril BLONDELOT : Cette saison, des partenariats entre chaînes traditionnelles et plateformes de SVOD se sont montés pour la création commune de nouvelles séries. C’est une façon pour eux de réduire les coûts, d’accroître la visibilité des programmes dans le pays d’origine mais aussi à l’international. A moindre coût, cela permet de remplir les grilles et les catalogues de plateformes SVOD. Ces acteurs se voient comme des partenaires potentiels pour ainsi trouver des systèmes de production et de diffusion gagnant/gagnant. C’est le cas de «El Chapo» coproduit par Netflix et Univision, ou encore de «Britania» qui sera programmée au Royaume-Uni sur Sky, et sur Amazon dans le monde. L’audience réalisée en SVOD par les fictions ne cannibalise pas l’audience linéaire. C’est un bon moyen d’adresser plusieurs publics avec des modèles de commercialisation différents. Cette complexité des fenêtrages entre en jeu dans le business plan de la série.

média+ : Parmi les tendances cette saison, les formats courts ont la cote. Pourquoi ?

Léa BESSON : Autant sur les individus âgés de quatre ans et plus que les cibles commerciales, nous voyons en effet apparaître des formats courts, des mini-séries et des anthologies. Pour certains territoires, ce n’est pas nouveau. Il s’agit de fictions concentrées dans le temps, tournées sur une période plus courte et qui attirent à la fois des scénaristes, producteurs, réalisateurs et acteurs de renom. Ce type de programmes satisfait les chaînes traditionnelles pour lesquelles le programme doit rencontrer son audience rapidement ainsi que les plateformes SVOD qui demandent un point de vue d’auteur et d’une histoire bouclée. C’est le bon compromis pour réunir différentes parties prenantes d’un même modèle économique.