A. LAROCHE-JOUBERT (Banijay France) : « Je suis confrontée à plusieurs défis économiques »

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Entretien avec Alexia-Laroche Joubert, PDG de Banijay France (Adventure Line Productions, Air Productions, Banijay Productions France, DMLS TV, Endemol France, H2O Productions, KM Production et Tooco., Banijay Studio France, Fiction’Air, Marathon Studio, Montmartre Films, Shine Fiction, Terence Films, Screen Line et Authentic Media).

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Quelle est votre stratégie pour diversifier le portefeuille de Banijay France ?

Alexia LAROCHE-JOUBERT

En France, nous avons une spécificité : Banijay s’est construit autour de producteurs de flux. Puis on a progressivement investi dans la fiction, notamment avec l’acquisition de Zodiak en 2016. Après avoir fusionné avec Endemol, Banijay a enrichi son catalogue de fictions. Le groupe a alors décidé de se diversifier, en mettant l’accent sur la fiction grâce à ses talents. Terence Films (Bertrand Cohen et Stéphane Meunier), puis Alain Goldman et Dominique Farrugia ont rejoint l’équipe en France, permettant à ce dernier de développer sa société, travailler avec des auteurs, acquérir des droits de livres et s’entourer de gens compétents. Cela a mené à la signature de séries pour TF1 comme «Brocéliande», le développement de deux autres fictions, et la production de «Carême», un important projet pour AppleTV+ prévu pour 2024. En continuant sur cette voie, Banijay a acquis une participation majoritaire dans Authentic Media, dirigée par Aline Panel, choisie pour son expertise en adaptation, production de saisons récurrentes, et relations privilégiées avec les chaînes historiques. Banijay dispose également d’un vaste catalogue international enrichi par une soixantaine de labels. Parmi nos priorités : développer la notion de format en fiction pour les faire voyager.

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Quels sont vos défis à relever ?

Alexia LAROCHE-JOUBERT

Je suis confrontée à plusieurs défis économiques. Les diffuseurs ne se sont pas alignés sur l’inflation que nous avons subie, ce qui a réduit nos marges. Certaines de nos productions génèrent tout juste de quoi couvrir les frais généraux. Il est donc nécessaire de trouver un moyen pour rééquilibrer la situation. Nous envisageons aussi de revoir nos méthodes de production. En outre, il y a un défi sur les nouveaux business afin de permettre aux filiales d’explorer de nouveaux genres. On a lancé une opération d’investigation dans le milieu du sport. Jean-Louis Blot, Président d’Endemol France a déjà signé avec trois filiales dans ce domaine : Puzzle Media qui produit «Riding Zone», Teddy Riner avec Yasuke Production et 4-3-3 Production, en association avec Blaise Matuidi et Charles Villeneuve. Nous envisageons également de revaloriser le travail de KM sur les documentaires. Ils préparent actuellement un film sur Karl Lagerfeld pour Canal+ (diffusion 10 et 17 janvier) et un autre sur Raël pour Netflix.

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Quel rôle peut avoir l’intelligence artificielle chez vous ?

Alexia LAROCHE-JOUBERT

Je considère l’IA comme un outil extrêmement utile lorsqu’il est utilisé en complément du travail humain. L’IA peut offrir des perspectives nouvelles et innovantes dans le processus créatif, bien qu’elle ait encore des difficultés à construire des arcs narratifs longs et cohérents. L’IA est particulièrement efficace pour aider à la structuration d’un scénario, par exemple en réduisant le nombre d’épisodes d’un scénario de 8 à 6 tout en conservant une narration fluide et cohérente. L’IA est également précieuse pour les tâches répétitives et fastidieuses, comme le scriptage des rushs en téléréalité ou jeux d’aventure.

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Faites-vous des collaborations avec d’autres filiales du groupe à l’échelle internationale ?

Alexia LAROCHE-JOUBERT

Pour certains de nos formats, nous avons mis en place des hubs de production, qui nous permettent d’amortir les coûts liés aux plateaux et aux décors en les partageant entre plusieurs pays. Nous appliquons cette stratégie notamment pour des émissions comme «Les Apprentis Aventuriers» (Banijay Productions) en France, en Allemagne et en Scandinavie, ainsi que pour des programmes emblématiques tels que «Fort Boyard» ou «Koh Lanta» (ALP) aux Philippines. Cette approche nous permet de proposer des tarifs plus abordables pour les diffuseurs. Il est important de reconnaître que les chaînes font face à des défis économiques complexes, notamment en raison de la diminution des revenus publicitaires. C’est pourquoi je soutiens activement la dérégulation des marchés publicitaires. Cette mesure est essentielle pour préserver la diversité et la richesse de nos canaux de diffusion, en permettant une plus grande flexibilité et en ouvrant de nouvelles opportunités pour le financement des contenus.

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Un mot sur la télé-réalité. Les chaînes traditionnelles sont-elles condamnées à faire de la télé à papa ?

Alexia LAROCHE-JOUBERT

En France, la télé-réalité est soft et bon enfant. Je n’ai pas de problème avec ça. Quand on voit «Les cinquante» (Banijay Productions) qui s’exporte aux Etats-Unis et en Allemagne, il y a une inventivité géniale alors qu’elle est diffusée sur une chaîne linéaire. Mais attention à ne pas trop réguler le genre, sinon on ne fera que l’aseptiser. Autrefois, le CSA nous demandait de travestir la réalité de ce qui se passait. Même si l’Arcom nous permet d’éviter certains écueils, il est parfois nécessaire de se laisser un peu plus de liberté. «Squid Game : le défi» sur Netflix est un bijou axé sur des jeux ultra-simples et très puissants. C’est une télé-réalité comme le sera l’adaptation de 007 en jeu. La puissance des plateformes en termes d’investissement est telle que les chaînes ne peuvent pas rivaliser. Mais notre groupe est suffisamment puissant pour parler aux plateformes et produire de tels programmes.

LES DIRIGEANTS

A. Laroche-Joubert

PDG

COORDONNEES

23 rue Linois, 75015

DATE DE CREATION

2008

PRODUCTIONS

«Koh-Lanta», «Star Academy», «Marie-Antoinette», «Taratata», «TPMP»,…