Alexandre LASCH (Snep) : « Les écoutes issues des abonnements représentent environ 80% du total des écoutes »

Alexandre LASCH (Snep) : « Les écoutes issues des abonnements représentent environ 80% du total des écoutes »

À l’occasion de la publication du bilan 2025 du marché de la musique enregistrée, Alexandre Lasch, directeur général du Snep, décrypte les moteurs de croissance du secteur, les nouveaux usages et les défis à venir, entre streaming, retour du vinyle, export et révolution de l’IA.

Le marché français dépasse désormais le milliard d’euros et enchaîne une décennie de croissance continue. Quels sont les principaux leviers pour maintenir cette dynamique ?

Déjà, il faut prendre un instant pour mesurer ce que cela représente. Une décennie de croissance ininterrompue, c’est extrêmement rare, surtout dans un contexte économique aussi incertain. Peu d’industries peuvent aujourd’hui s’en prévaloir, et c’est déjà en soi un motif de satisfaction important. Si l’on regarde plus précisément les moteurs de cette croissance en 2025, deux dynamiques ressortent clairement. D’abord, le vinyle, qui continue de progresser fortement avec une hausse d’environ 15% de son chiffre d’affaires. Ensuite, le streaming par abonnement, qui reste la première source de revenus du marché. Certes, sa croissance ralentit légèrement par rapport à l’année précédente, mais cela s’inscrit dans une logique de maturité : il y a toujours des phases de palier, d’autant plus dans un contexte marqué par des hausses de prix sur certaines plateformes. Malgré cela, on reste sur une progression proche de 6%, ce qui confirme la solidité du modèle.

Le streaming par abonnement est le socle économique du secteur, mais son taux de pénétration en France reste inférieur à d’autres grands marchés, autour de 27,1%. Comment accélérer la conversion des publics encore non abonnés ?

Il y a clairement encore un potentiel de progression, notamment auprès des publics les plus âgés, en particulier les plus de 50 ans. Ils sont aujourd’hui sous-représentés parmi les abonnés, alors même qu’ils pèsent lourd dans la population. C’est donc un enjeu majeur pour les années à venir. Il faut aller davantage sur le terrain, travailler avec les plateformes pour adapter les offres et les discours à ces publics. Il n’y a aucune fatalité : ces générations sont déjà très abonnées à des offres audiovisuelles ou sportives. La musique peut parfaitement trouver sa place dans leurs usages. D’autant que lorsqu’on s’abonne, on le reste. Les chiffres sont très parlants : les écoutes issues des abonnements représentent environ 80% du total des écoutes. Cela signifie que les abonnés sont des utilisateurs intensifs, engagés, et que le modèle fonctionne.

La production française domine largement les classements. Comment expliquez-vous cette vitalité locale ?

Là aussi, les chiffres sont très parlants. On observe 16 albums français dans le top 20, mais aussi 75% de production française dans le top 200. Et si l’on élargit encore l’analyse au top 100 000, qui représente environ 80% de la consommation en streaming, la production française pèse 53%, et même 64% sur les nouveautés de moins de trois ans. Cela signifie que cette part va mécaniquement continuer à progresser dans les années à venir. Le principal moteur, c’est notre capacité à construire des carrières et à développer des artistes comme peu de marchés savent le faire. Cette année, cinq premiers albums se classent dans le top 20, ce qui est unique en Europe. Il existe bien sûr un effet «Star Academy», mais il ne faut pas le surestimer : seuls trois des vingt artistes émergents présents dans le top 200 en sont issus. Les 17 autres proviennent de tous les univers musicaux. C’est donc bien le travail de fond des labels qui fait la différence. À cela s’ajoute un écosystème particulièrement favorable : crédit d’impôt à la production phonographique, mécanismes de copie privée, programme d’aide du Centre national de la musique, sans oublier les quotas de diffusion à la radio. Tout cela contribue à soutenir la création et la prise de risque.

L’export de la musique française reste solide. Quelles sont les priorités pour renforcer son rayonnement international ?

Il n’y a pas de territoire unique prioritaire. Tout dépend des artistes et de leur trajectoire. Les stratégies s’adaptent en fonction des marchés où l’on observe des signaux positifs. Ce qui a profondément changé, c’est notre capacité d’analyse. Les données issues du streaming permettent aujourd’hui d’identifier très finement les zones de croissance, les publics, les usages. Cela permet d’ajuster les stratégies en temps réel et d’accompagner plus efficacement le développement international des artistes.

Les nouvelles règles de comptabilisation visent à renforcer la transparence des classements…

Les classements étaient déjà robustes, mais il est normal qu’ils évoluent avec le marché. Cette année, nous avons renforcé certaines règles, notamment pour encadrer les pratiques de bundles. L’objectif est simple : garantir que les classements reflètent un engagement réel du consommateur. Si un album est acheté de manière contrainte, parce qu’il est associé à un billet de concert, cela biaise la lecture. Désormais, le consommateur doit pouvoir choisir clairement entre acheter séparément ou non. C’est une question de transparence et de crédibilité.

Enfin, l’IA est au cœur de nombreux débats. Comment percevez-vous son évolution dans l’industrie musicale ?

Il faut d’abord rappeler que l’intelligence artificielle est présente dans les studios depuis des décennies. Ce qui change aujourd’hui, c’est l’IA générative. Comme toujours, notre industrie s’adapte aux innovations. Mais il y a un principe non négociable : le respect du droit d’auteur et des droits voisins. Si des modèles d’IA utilisent des contenus protégés pour s’entraîner, ils doivent obtenir l’autorisation des ayants droit. C’est une question fondamentale de respect de la propriété. Aujourd’hui, le principal enjeu, c’est la transparence : ces modèles sont encore des boîtes noires. Des évolutions législatives sont en cours pour permettre de mieux tracer l’utilisation des contenus. C’est indispensable pour garantir un cadre équitable.

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