ARTE : Antoine de Saint-Exupéry reprend vie dans un documentaire animé

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Illustration d'Antoine de Saint-Exupéry écrivant "Le Petit Prince"

Antoine de Saint-Exupéry reprend vie sur Arte dans un documentaire émouvant, mélange habile d’animation et d’archives qui retrace la création méconnue de son célèbre conte, l’un des livres les plus traduits dans le monde. Disponible depuis mercredi sur le site de la chaîne franco-allemande arte.tv, avant sa diffusion télé le 20 décembre, «Le petit prince, naissance d’une étoile» se concentre sur les 4 dernières années de «Saint-Ex», en pleine 2de guerre mondiale. Soit de 1940, année de la défaite française, où l’aviateur s’exile à New York après avoir frôlé la mort, à sa disparition lors d’une mission de reconnaissance en Méditerranée, en 1944. Entre-temps, l’écrivain dépressif crée sans le savoir son oeuvre testament, qui fête ses 80 ans. «J’ai l’impression que c’est une sorte de sursis que lui a donné la vie pour nous livrer «Le Petit Prince»», explique le réalisateur Vincent Nguyen, pour justifier le choix de «ces quatre ans». Tiraillé entre ses maîtresses et son épouse Consuelo, frustré de ne pouvoir combattre (l’US Air Force le juge trop vieux) et «mal à l’aise» parmi les expatriés «qui commentent la guerre en buvant du champagne», Saint-Ex vit un exil «très douloureux», rappelle l’ancien journaliste de France 2. Malgré tout, en 1942, «l’humaniste qui commence sérieusement à douter de l’humanité» se prend au jeu quand ses éditeurs américains lui suggèrent d’écrire un conte pour enfants, après l’avoir vu gribouiller un bonhomme sur un coin de table. Il mettra alors «tout ce qu’il est» dans ce récit universel, cette «critique de la société» toujours d’actualité, relate Vincent Nguyen. La création du conte, racontée l’année dernière par l’universitaire Alain Vircondelet dans le livre «Un été à Long Island», n’avait encore jamais été portée à l’écran, rappelle le réalisateur, sollicité dès 2019 par un héritier de Saint-Exupéry pour un documentaire sur «Le Petit Prince». Mais cette fois, il décide de ne pas filmer d’historiens ou de biographes, préférant «redonner vie» à Saint-Ex en personne, à qui François Morel prête sa voix, et à ses contemporains, comme sa femme (Marta Domingo), la rose du Petit Prince, ou l’ami à qui il a dédicacé son livre phare, Léon Werth (François Berléand), narrateur principal du documentaire. D’où le choix de recourir à l’animation, en collaboration avec la société de production les Films d’ici, à l’origine de «Valse avec Bachir» et «Josep». «Et de fil en aiguille, comme bizarrement toute cette période de la vie de Saint-Ex a très peu été documentée d’un point de vue visuel», beaucoup de scènes ont ainsi été reconstituées, aux côtés d’images d’archives et de flash-back oniriques, le tout appuyé de citations, poursuit Vincent Nguyen. «Pour compenser mon côté très journaliste, obnubilé par la réalité – au point de reproduire l’appartement de Saint-Exupéry à partir de plans ou de passer trois mois à chercher le modèle de dictaphone qu’il utilisait – j’ai fait appel à un scénariste de fiction, Jean-Louis Milesi («Marius et Jeannette»)». L’animation coûtant «une fortune», il «a fallu inventer des techniques» pour rester dans les clous, ajoute le documentariste, qui a notamment eu recours à l’intelligence artificielle. «L’entente nouvelle» entre les héritiers d’Antoine et Consuelo de Saint-Exupéry, matérialisée en 2021 par la publication de leur correspondance, a elle facilité la tâche du réalisateur, qui a pu montrer «des choses totalement inédites». Soucieux de «ne pas faire l’hagiographie» de celui qu’il qualifie de «génie» et «héros absolu», tout en «dédiabolisant» Consuelo, il s’est attaché à montrer la complexité de leur relation, tout comme la goujaterie de Saint-Exupéry. Sorti en 1943 aux Etats-Unis, «Le Petit Prince» n’a été publié en France qu’en 1946 (à titre posthume) et s’est vendu depuis à plus de 200 millions d’exemplaires, et est un des livres les plus traduits au monde.