B. DELAIS (LCP) : «Nous sommes une chaîne qui préfère la raison à l’émotion»

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La chaîne LCP-Assemblée nationale annonce «un renouveau dans la continuité pour 2023». Avec le retour du parlement au premier plan dans le débat public, LCP a pu accroître sensiblement sa visibilité tout en se déployant en parallèle sur le non-linéaire. L’occasion de nous entretenir avec Bertrand DELAIS, Président Directeur Général de LCP-Assemblée nationale, qui nous explique comment la chaîne parlementaire a une carte à jouer dans le paysage audiovisuel.

MEDIA +

Dans quelle dynamique s’inscrit LCP-Assemblée nationale ?

BERTRAND DELAIS

LCP est une chaîne qui va bien. Elle est portée par une exigence du public pour des programmes de qualité. Nous voulons «donner du sens», comme l’indique notre baseline. Dans un monde anxiogène, il y a aussi un intérêt évident pour une information différente, pédagogique, didactique et rigoureuse. De plus, nous vivons un moment politique où le Parlement est revenu au centre du jeu par les conséquences du scrutin des dernières élections. On se retrouve ainsi comme un complément nécessaire de la rénovation du Parlement en cours.

MEDIA +

LCP peut souffrir d’un manque de visibilité. Comment pallier cette problématique ?

BERTRAND DELAIS

On poursuit le travail mené depuis 4 ans. La montée de notre audience et la visibilité accrue de la chaîne sont la conséquence de plusieurs éléments. Nous avons d’abord upgradé l’offre éditoriale, changé l’habillage visuel et sonore et enfin internalisé les process de production. Depuis la rentrée de septembre dernier, nous réunissons près de 100.000 téléspectateurs lors de soirées documentaires, ce qui est énorme pour une petite chaîne comme la nôtre.

MEDIA +

Incarner davantage la chaîne, cela fait partie de votre logique ?

BERTRAND DELAIS

Il y a une volonté d’avoir des visages incarnants et référents. Cette année, nous accueillons Mazarine Mitterrand-Pingeot à la présentation de «Grands entretiens», à partir de février, sur la thématique de la philosophie du vivant. 2023, c’est aussi la montée en puissance de Daphné Roulier qui prend les rênes d’une nouvelle émission mensuelle de 52’ sur la transition écologique, construite autour de reportages tournés sur le terrain et d’interviews de politiques et/ou d’experts. En tant que média de service public citoyen, nous allons interpeller les élus et les responsables. Nous sommes une chaîne qui préfère la raison à l’émotion.

MEDIA +

Vous annoncez aussi des émissions dans «un format remanié»…

BERTRAND DELAIS

Les nouveaux formats ne sont pas nécessairement testés sur la TNT mais beaucoup le sont sur les réseaux sociaux avec des productions natives. Un des enjeux dans l’après législative, c’est d’ouvrir la démocratie représentative et le Parlement aux plus jeunes. C’est un public qui déserte les urnes et qui ne se sent pas représenté. Au fond, il nous appartient en tant que chaîne parlementaire, de redonner une place à ces populations qui se sont éloignées de la démocratie représentative. De ce point de vue, fabriquer des contenus natifs à destination des plus jeunes en expliquant le 49/3, les commissions d’enquêtes parlementaires… ça a du sens sur les réseaux sociaux comme TikTok ou Instagram. C’est une façon de toucher un public qui ne va plus sur les chaînes de télévision, et ne s’informe que sur les réseaux sociaux.

MEDIA +

Il y a finalement un double mouvement : les jeunes délaissent les urnes et la télévision …

BERTRAND DELAIS

Exactement ! C’est pour cela que nous devons répondre à ce double constat par des programmes renouvelés, natifs et en capacité de séduire ces publics. Sur YouTube, l’objectif est d’arriver à 100.000 abonnés au printemps. Il y a encore 18 mois, la chaîne n’existait pas. Nous sommes donc en train de travailler sur des directs et des rendez-vous parlementaires sur YouTube.

MEDIA +

Pour autant, la politique de documentaires sur LCP reste un de vos piliers ?

BERTRAND DELAIS

Oui, avec nos rendez-vous documentaires en Prime Time les lundis, mardis et mercredis à travers des cases histoire, géopolitique et société. A cela, s’ajoute le traitement de la politique avec les «Questions au Gouvernement» présentées par Brigitte Boucher et «Ça vous regarde» présenté par Myriam Encaoua. Ces rendez-vous signent aussi l’ADN de la chaîne. Mais il va falloir que LCP parvienne à exister au-delà. Faire vivre la marque à 360 est un impératif.

MEDIA +

La question ressassée du projet de fusion entre Public Sénat et LCP est-elle dépassée ?

BERTRAND DELAIS

S’il y a fusion, elle ne se fera pas dans mon mandat actuel…

MEDIA +

Pourquoi avoir reformaté votre studio de tournage ?

BERTRAND DELAIS

Pour accompagner la montée en puissance de la production interne. Nous devenons ainsi un éditeur de contenus qui se constitue un catalogue. Nos grands entretiens par exemple sont des programmes de stock et il nous fallait les droits pour les exploiter sur le long terme. Cette ré-internalisation passe par la nécessité d’avoir un nouveau plateau. Tout s’est fait dans la maîtrise des coûts la plus raisonnée possible. Pour rappel, notre budget est de 16,5 M€/an, en légère hausse pour absorber les coûts de diffusion.

MEDIA +

Qui regarde LCP ?

BERTRAND DELAIS

Plutôt des CSP+ et des urbains avec une moyenne d’âge plus jeune que certaines chaînes du service public.