C. MEGIE (RFI) : « RFI raconte le monde et s’adresse à des auditeurs et internautes du monde entier »

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Depuis le lundi 14 décembre 2020, la rédaction de RFI en mandenkan et fulfulde, installée à Dakar, propose une nouvelle offre éditoriale composée de 2 heures quotidiennes de programmes dans chacune des deux grandes langues africaines, déclinés également sur le numérique. Elle vise à favoriser la liberté d’expression, le débat public, en particulier autour des objectifs de développement durable (ODD), à dynamiser la participation citoyenne et le dialogue entre les cultures, et à contribuer à l’égalité entre les femmes et les hommes. Entretien avec Cécile MEGIE, Directrice de RFI.

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RFI enrichit sa grille en mandenkan et fulfulde. Quelles nouveautés pour quels enjeux ?

Cécile MEGIE

Nous venons effectivement de renforcer nos programmes dans ces deux grandes langues de la région du Sahel, le MANDENKAN (mandingue) et le FULFULDE (peul). Depuis le 14 décembre dernier, deux heures quotidiennes de programmation sont proposées tout au long de la journée, 7j/7, à nos auditeurs de 11 pays d’Afrique de l’Ouest et centrale. Notre rédaction d’une trentaine de journalistes et technicien.ne.s est installée à Dakar et c’est là que sont produits journaux et magazines pour donner à entendre aux quelques 80 millions de locuteurs de ces langues un «concentré» de ce qu’est RFI : une radio d’information internationale qui traite avec expertise, rigueur, pluralisme et indépendance l’actualité du monde et les grands enjeux contemporains. Pour ces zones de diffusion, ces décrochages en langues africaines sont complémentaires des carrefours d’audience de nos programmes en français, sur 28 de nos FM, en ondes courtes, et sont d’ores et déjà repris par plus de 120 radios partenaires. Nous couvrons ainsi les centres urbains, mais aussi des zones plus rurales où aller à la rencontre des auditeurs et des auditrices dans LEUR langue est essentiel, à la fois pour permettre l’accès du plus grand nombre à l’information, reconnu par l’ONU comme facteur de développement, mais également permettre le débat, la confrontation pacifique des opinions, le dialogue… que la radio joue son rôle de réseau social, en quelque sorte, en ajoutant bien sûr les offres numériques en mandenkan comme en fulfulde. Cette nouvelle programmation, que nous avons officiellement lancée hier avec Marie-Christine Saragosse, la Présidente de FMM, et toutes les équipes lors d’une conférence de presse numérique, réalisée entre Paris et Dakar, et à laquelle se sont connectés plus de 250 journalistes d’une quinzaine de pays, s’inscrit dans le cadre du projet Afri’Kibaaru que nous mettons en œuvre avec CFI, l’agence de développement média filiale à 100% de FMM, et qui est financé par l’Agence française de Développement.

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Allez-vous déployer la radio dans d’autres langues ?

Cécile MEGIE

C’est un vœu que nous pouvons bien sûr formuler en ce début d’année et un rêve que nous pouvons faire. Nous proposons déjà des programmes audio et des contenus numériques en 4 langues africaines (Haussa, Swahili, Mandenkan et Fulfulde), et bien sûr à destination du continent africain, s’ajoutent le français, l’anglais et le portugais. Au total, RFI diffuse en français et 16 autres langues. Aller vers nos auditoires dans leur langue, c’est accentuer la proximité que nous souhaitons entretenir avec eux. Augmenter le nombre de langues peut être un objectif, il sera atteint si nous en avons les moyens. À travers elles, RFI porte la francophonie dans notre monde plurilingue.

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Quel est le profil de votre auditeur ?

Cécile MEGIE

Aujourd’hui, le profil de l’auditeur de RFI est assez jeune (35 ans en moyenne) et plutôt masculin. En parlant mandenkan et fulfulde, nous pouvons toucher des auditeurs encore plus jeunes, surtout que nous sommes très présents sur tous les vecteurs numériques (sites, applis, plateformes et réseaux sociaux). Mais aussi plus de femmes et des populations moins instruites, celles pour qui notamment la moindre maitrise du français est parfois un obstacle à la compréhension. Nos rédactions sont rigoureusement paritaires, et sur nos antennes nous mettons tout en œuvre pour que les femmes, expertes notamment, soient justement représentées.

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Où êtes-vous le plus consommé ? 

Cécile MEGIE

Nous attendons notre quantification d’audience pour l’année 2020, on sait déjà que sur le numérique RFI a battu des records, notamment liés à cette soif d’information au moment du déclenchement de la pandémie de Covid-19, partout dans le monde. En 2019, nous comptabilisions 46,5 millions d’auditeurs hebdomadaires, mesurés dans une trentaine de pays sur les 150 où nous sommes diffusés et parmi eux, 9,2 millions nous écoutent en langues africaines, soit deux fois plus qu’il y a cinq ans.

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La tonalité éditoriale de RFI a-t-elle changé ces dernières saisons ?

Cécile MEGIE

RFI raconte le monde et s’adresse à des auditeurs et internautes du monde entier. Une information vérifiée, équilibrée, experte, la diversité des points de vue, le débat d’idées et d’opinions, ce sont les marqueurs de nos antennes. Ce qui a été le plus prégnant ces dernières années est sans doute la transformation numérique de nos contenus, à la fois pour la production de nouveaux formats et la diffusion sur de nouveaux vecteurs. Les équipes sont de plus en plus polyvalentes, la «culture data» de mieux en mieux maîtrisée, sans jamais sacrifier la qualité de nos contenus linéaires, mais en complémentarité dans le temps et les angles. Sur la dernière année, nos fréquentations numériques sont en moyenne de 33 millions de visites mensuelles, alors on se dit que cette transformation est une réussite. Et qu’il faut continuer! D’autant plus que nous sommes aussi reconnus pour la crédibilité de ces contenus, ce qui pour nous est une valeur cardinale : nous sommes dans le top 10 des sites d’information francophones les plus fiables que vient d’établir «NewsGuard».

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Quelle est votre feuille de route pour la saison 2021 ?

Cécile MEGIE

Nous souhaitons, comme la planète entière, pouvoir raconter comment le monde sort d’une pandémie. En attendant ce moment, nous continuons à vouloir faire entendre le monde, aujourd’hui en proie à tant de bouleversements sanitaires, bien sûr, mais aussi sociaux, économiques, générationels, environnementaux, technologiques, culturels. Et pour cette année 2021, nous allons développer toujours plus les formats innovants, les podcasts originaux, les fictions, et cela… dans toutes nos langues, bien sûr!