CINEMA : «Une vie cachée»: Terrence Malick interroge sur le sens de la vie et la notion de résistance

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Après plusieurs films au casting très hollywoodien diversement reçus, Terrence Malick revient à ce qu’il fait de mieux, avec «Une vie cachée», en lice pour la Palme d’or: un voyage élégiaque et mystique, interrogeant sur le sens de la vie et la notion de résistance. Palme d’or 2011 pour «The Tree of Life», le réalisateur américain risque une nouvelle fois de dérouter les plus cartésiens, et de séduire ceux prêts à s’embarquer dans une aventure hautement spirituelle et sensorielle de près de trois heures.

Le film se penche sur la figure de Franz Jägerstätter, un paysan autrichien qui fut exécuté par les Nazis en 1943 pour avoir refusé de combattre pour le Troisième Reich. Il est incarné, tout en intensité, par l’acteur allemand August Dielhl (vu dans «Inglorious basterds» et «Le jeune Karl Marx»). Figure de la résistance catholique, Jägerstätter a été béatifié en 2007 par le pape Benoît XVI et est désormais commémoré dans son fief de St. Radegund, où il était conspué 75 ans plus tôt. C’est d’ailleurs sous le nom de «Radegund» qu’a longtemps été connu le projet de film, avant de devenir «Une vie cachée», d’après une citation de la romancière britannique George Eliot.

Ni biopic, ni film de guerre, «Une vie cachée» est du pur Malick: le réalisateur de 75 ans, dont c’est le neuvième long-métrage, filme au plus près la nature et les visages, observe le changement des saisons, de la lumière, a recours à des voix off… Et ne cherche pas à expliquer à tout prix le geste de ce père de famille, prêt à mourir pour ses convictions. Interrogeant le rapport entre l’homme et la nature, le réalisateur des «Moissons du ciel» et de «La ligne rouge» filme sans relâche les travaux des champs: faucher les blés, ramasser le foin, plonger les mains dans la terre pour ramasser des légumes, offrant la vision d’un certain éden.

C’est dans cette nature somptueuse, comme protégée de la laideur du monde, que le refus d’aller se battre et d’exécuter le salut nazi, va faire d’un homme lambda un paria… puis un homme de bien. «Si les choses ne vont pas aussi mal pour vous et pour moi qu’elles eussent pu aller, remercions-en pour une grande part ceux qui vécurent fidèlement une vie cachée (…)».

La phrase de George Eliot, en exergue à la fin, éclaire ce film qui traite de résistance et trouve des résonances dans le monde actuel. Ceux qui disent non, sont-ils des imbéciles ou dignes d’admiration? Qui l’histoire retiendra-t-elle ? Des questions auxquelles Terrence Malick ne risque pas de répondre, étant allergique aux interviews et très secret.

En 2011, il n’était d’ailleurs pas venu chercher sa Palme d’or, et avait envoyé un de ses producteurs. La conférence de presse d’»Une vie cachée» va donc se faire sans lui, lundi. Adoubé depuis son premier long-métrage «La balade sauvage», Terrence Malick a tourné seulement trois films en 25 ans avant d’accélérer son rythme de travail.

Ces dernières années, il a réalisé «Knight of cups» (2015), avec Christian Bale et Natalie Portman sur le mal de vivre d’un scénariste et «Song to song» (2017), avec Ryan Gosling et Rooney Mara, histoire d’amour dans la scène musicale à Austin.