Comment «Matrix» a changé la science-fiction

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Des personnages qui esquivent les balles en défiant la gravité et le temps, du code informatique qui tombe du ciel… Voici comment «Matrix», dont le quatrième épisode est sorti fin décembre, a fait basculer la science-fiction dans une nouvelle dimension. Ce nouvel épisode, signé de la seule Lana Wachowski, marque le retour entre la réalité et la matrice du rebelle cybernétique aux lunettes noires Neo (Keanu Reeves), n’hésitant pas à réinterpréter des images des films précédents, dont le premier, sorti en 1999 et culte pour beaucoup.  

– «Bullet time» : C’est l’image qui a fait passer le cinéma dans le 3e millénaire: sur le toit d’un gratte-ciel, Neo évite une rafale de balles dans un ralenti sidérant, où la caméra, en rotation autour de la scène, semble avoir figé le temps. Du jamais vu à l’époque. Mélange de travelling et d’arrêt sur image, cet effet spécial devenu iconique c’est «une caméra en mouvement dans un monde arrêté», résume Dominique Vidal, de la société d’effets spéciaux Buf, qui a travaillé sur trois des quatre volets de la saga.Le «bullet time», qui a influencé deux décennies de cinéma d’action, a des origines françaises, note-t-il. Avant les Wachowski, le réalisateur français Michel Gondry, bricoleur visuel de génie, l’avait utilisé en mode artisanal, pour… un clip des Stones («Like a Rolling Stone»). Les créatrices de Matrix ont eu l’idée de l’appliquer aux scènes de combat et professionnalisé le processus qui nécessitait à l’époque une débauche de moyens techniques pour capturer la même scène, au même moment, de dizaines de points de vue différents.   

– Colonnes de code : Une pluie de lettres de code informatique, vert fluo qui tombe du ciel et finit par dessiner un univers parallèle, la matrice… Cette idée visuelle est également restée dans les annales. «A la base, c’était un menu de ramen (des nouilles japonaises) mélangé avec des chiffres inversés», explique Dominique Vidal à propos de ces typographies dont des armées de fans ont tenté de décrypter le sens. «On a fait énormément de recherches pour savoir comment montrer des personnes «faites» en code informatique», dit-il à propos de ce dernier effet, repris encore une fois dans «Resurrections». Car les Wachowski sont perfectionnistes. Sur certains effets spéciaux, ses équipes ont soumis jusqu’à 20 propositions différentes «pour avoir comme un nuancier d’effets». «On a des plans qui sont arrivés à la version 150!», s’amuse-t-il. Résultat, d’un point de vue esthétique Matrix a marqué une rupture, faisant basculer le cinéma dans l’ère du «fond vert» et des effets numériques omniprésents, souligne Lloyd Chéry, fondateur du podcast «C’est plus que de la SF».

– Matrice et Métavers : Pour beaucoup de fans, «Matrix», qui met en scène un groupe de rebelles qui combattent des intelligences artificielles ayant emprisonné les humains dans la Matrice, univers de réalité virtuelle simulant le monde extérieur, est la saga qui aura le mieux anticipé le début du XXIe siècle. «Matrix disait beaucoup de choses sur ce qui allait se passer, la réalité rattrapant la science-fiction avec l’arrivée de la 3D, de la réalité augmentée et virtuelle», souligne Lloyd Chéry. Jusqu’à l’actualité de ces dernières semaines, avec l’essor du métavers (contraction de méta et univers), dont le géant Facebook a annoncé qu’il allait faire son nouveau projet d’entreprise, rappelant à certains l’univers la Matrice. En avance, «Matrix» l’était aussi par son syncrétisme, mêlant beaucoup de références différentes, des arts martiaux au cinéma hong-kongais en passant par les mythes religieux et le cyberpunk, comme le fait la pop culture aujourd’hui, fait remarquer Lloyd Chéry. Néo, sorte de figure christique en long manteau noir, rompu au kung-fu et au piratage informatique, résume à lui seul ces influences.