De «Dragon Ball» à TikTok, Brigitte Lecordier, une voix intergénérationnelle

230

Sa voix fluette a bercé plusieurs générations: en doublant Son Goku dans «Dragon Ball» ou Oui-Oui, Brigitte Lecordier a conquis de nombreux fans, des quadras aux plus petits, à la rencontre desquels elle va en sillonnant les événements de pop culture en France. Après la TwitchCon samedi, la comédienne de 62 ans participe cette semaine à Japan Expo, salon annuel consacré à la culture japonaise, où elle vient depuis une vingtaine d’années. Au programme: séances de dédicaces et interprétation sur scène d’un webtoon, BD coréenne conçue pour les mobiles. «C’est ma convention préférée», confie cette femme enjouée, au regard malicieux. «C’est celle qui m’a montré que j’avais un public». Parmi les fans qui se pressent pour lui demander des «nuages magiques» ou des «Kamé Hamé Ha» – répliques cultes de Son Goku -, il y a «évidemment les pionniers du Club Do(rothée)», dit-elle, en référence à l’émission star des années 1980-90 qui a popularisé l’animation japonaise et les mangas en France. Mais à la différence de son animatrice Dorothée, méconnue des plus jeunes, Brigitte Lecordier séduit aussi les enfants, conquis avec la série «Dragon Ball Super», sortie en 2015, ou initiés par leurs propres parents.Elle met aussi en lumière son travail sur les réseaux sociaux, où elle compte plus de 280.000 abonnés sur YouTube depuis 2019, et 144.000 sur TikTok depuis l’année dernière. A défaut d’atteindre le «statut de grande star» accordé, selon elle, aux doubleurs japonais, se voit-elle comme une influenceuse ? «Je dois l’être d’une façon ou d’une autre», concède celle qui emploie plusieurs collaborateurs, dont son fils de 31 ans, Louis, comme manageur. «Mais j’ai plutôt l’image de la maman, la nounou, la grand-mère», poursuit celle qui se définit aussi comme «le doudou de plein de générations». «Elle a créé une relation avec sa communauté hyper fine», abonde le cofondateur de la Japan Expo, Thomas Sirdey, louant une personne «hyper gentille et hyper simple», qui «a contribué à la construction» de sa passion. Les gens l’abordent toujours en la tutoyant, s’étonne son fils Louis, passé à côté du phénomène «Dragon Ball» dans son enfance, vécue sans… télévision.   «C’est pas dans notre culture. Quand j’étais enfant, pour avoir la télé, il fallait être riche», relate sa mère, qui a grandi dans une cité de Stains, en Seine-Saint-Denis. «J’ai eu la chance d’aller au lycée». Mais, «mon désir, c’était de devenir clown», confie Mme Lecordier. Une fois le bac en poche, elle rejoint ainsi l’école de cirque d’Annie Fratellini, «au grand dam» de ses parents ouvriers.    Progressivement, la circassienne est «appelée pour faire du théâtre», où elle joue souvent des enfants en raison de sa petite taille, puis «de la publicité et du doublage. Parce que tous les gens qui font du doublage sont des comédiens», insiste-t-elle, à l’heure où des célébrités sont souvent sollicitées pour des doublages et où l’intelligence artificielle est une menace. Elle se spécialise rapidement dans le doublage de jeunes garçons, du fils Tanner dans la série «Alf» à celui de Mitch Buchannon dans «Alerte à Malibu». C’est «par hasard» qu’elle se retrouve à doubler le super-héros Son Goku, petit garçon à la queue de singe et aux cheveux pointus, loin des standards Disney en vigueur, sans imaginer «une seule seconde» que l’aventure «allait durer si longtemps». «Les mangas papier n’étaient pas encore diffusés en France. On ne savait pas où on mettait les pieds», ajoute celle qui double actuellement Bojji, héros sourd-muet d’un autre anime, «Ranking of Kings». Interrogée sur le parallèle entre les déclarations de Ségolène Royal, qui fustigeait la violence des dessins animés japonais en 1989, et les récents propos d’Emmanuel Macron sur les émeutiers «intoxiqués» par les jeux vidéo, Brigitte Lecordier regrette des discours «ringards».