Décès de Clive Davis, légende de l’industrie musicale américaine

Décès de Clive Davis, légende de l’industrie musicale américaine

Aretha Franklin l’avait élevé au rang de «plus grand producteur de disques de tous les temps»: l’Américain Clive Davis, artisan des succès de Whitney Houston, Bruce Springsteen ou Santana, est décédé lundi à l’âge de 94 ans. Cette figure de proue de l’industrie musicale, qui a oeuvré dans des genres allant de la folk à la pop en passant par le rock et le hip-hop, est morte d’une «maladie liée à son âge», a fait savoir son porte-parole dans un communiqué. Il s’est éteint chez lui, à New York, selon la même source. «Aujourd’hui, nous célébrons non seulement une figure majeure dont l’influence a changé la musique à jamais, mais aussi l’homme qui a guidé notre famille avec grâce, générosité et bonté», ont réagi ses proches. De Janis Joplin à Earth, Wind & Fire, d’Aerosmith à Billy Joel, de Patti Smith à Alicia Keys, il a découvert, encadré et propulsé vers le succès un grand nombre d’artistes parmi les plus célèbres de la deuxième moitié du XXe siècle et du début du XXIe siècle. «Je remercie Clive Davis d’avoir transformé la musique, et, sur un plan très personnel, d’avoir cru en moi», a notamment réagi Patti Smith sur Instagram. Né le 4 avril 1932 dans le quartier new-yorkais de Brooklyn, Clive Davis aimait la musique mais n’envisageait pas à l’origine d’en faire son métier. «Dans les familles juives sans argent, l’idée, c’était qu’il fallait devenir avocat ou médecin», expliquait-il dans le documentaire «Clive Davis: The Soundtrack of Our Lives». Formé au droit à Harvard, il est entré dans l’industrie du disque comme juriste chez Columbia Records, avant de passer à la direction et d’en devenir le patron en 1966. Accusé d’avoir détourné des fonds à des fins personnelles – ce qu’il a nié – et licencié en 1973, il avait fondé un autre label, Arista, l’année suivante. Il a oeuvré par la suite, et jusqu’à un âge avancé, chez Sony Music Entertainment. «Clive a l’esprit d’un banquier et les oreilles d’un adolescent», disait de lui son protégé Barry Manilow, auteur du célèbre «Copacabana». Parmi ses premières découvertes, on retiendra Janis Joplin, signée lors du Monterey Pop Festival en juin 1967, événement fondateur de la contre-culture hippie. Il a travaillé avec Bob Dylan ainsi qu’avec Simon and Garfunkel, convainquant le duo que la ballade «Bridge Over Troubled Water» pouvait devenir un succès radio. Au jeune Bruce Springsteen, à qui il estimait qu’il manquait un single à succès, il a inspiré «Blinded by the Light» et «Spirit in the Night». «À 22 ans, il a changé ma vie en me faisant signer chez Columbia Records. Il m’a traité avec le même respect et la même gentillesse quand je n’étais qu’un jeune inconnu de 22 ans que plus tard, après tout mon succès», a posté The Boss sur Instagram. Clive Davis a aussi encouragé la légende du jazz Miles Davis à jouer dans des salles rock, participant à la genèse de l’album «Bitches Brew». Il était par ailleurs le co-fondateur de Bad Boy Records, l’un des premiers labels hip-hop, aux côtés de Sean Combs, alias P. Diddy, aujourd’hui emprisonné pour des crimes liés à la prostitution. Mais c’est sa collaboration avec Whitney Houston, devenue à ses côtés l’une des artistes les plus vendues de tous les temps et l’une des plus grandes voix de sa génération, qui est peut-être la plus marquante. Le décès prématuré de cette dernière en février 2012, à l’âge de 48 ans, fut une tragédie pour le producteur, assimilée à la perte de ses parents pendant ses études. «Elle m’a rappelé de façon profonde à quel point des personnes essentielles à votre vie peuvent disparaître en un instant», disait-il. Marié et divorcé deux fois, Clive Davis a eu quatre enfants et a révélé publiquement sa bisexualité dans son autobiographie. L’industrie musicale louait ses talents mais riait aussi de son ego. Une plaisanterie veut qu’il ait pensé que le CD (compact disc) avait été appelé ainsi en hommage à ses propres initiales.

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