Des journalistes palestiniens manifestent contre la fermeture d’une cinquantaine de sites internet d’information

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Des dizaines de journalistes ont manifesté mercredi devant un tribunal près de Ramallah, en Cisjordanie occupée, contre la fermeture ordonnée par la justice palestinienne d’une cinquantaine de sites internet d’information, selon un responsable du syndicat des journalistes. Sur demande du procureur général, le tribunal de première instance de Ramallah a interdit l’accès lundi à des sites internet au motif qu’ils constituaient des menaces pour «la sécurité nationale et la paix».

L’avocat du syndicat des journalistes palestiniens, Alaa Freijat, a indiqué avoir fait appel de la décision, qui concerne 59 sites et pages d’information sur les réseaux sociaux.Dans un communiqué, l’organisation Reporters sans Frontières (RSF) a critiqué la décision, qui touche notamment des pages avec des millions d’abonnés sur Facebook, dont celle de la Shebab News Agency ou Quds Network. «Cette mesure inacceptable semble être faite pour punir les médias qui critiquent le gouvernement», selon RSF. «Retirez vos mains de la liberté de la presse, lâchez les journalistes», ont réclamé les manifestants réunis mercredi devant le tribunal, d’après des images diffusées sur les réseaux sociaux. «Nous nous opposons au blocage et à la fermeture des sites internet, ce n’est pas une méthode pour résoudre les controverses», a dit Mohammed al-Laham, président du comité des libertés au sein du syndicat, affirmant que des dizaines de personnes étaient réunies devant le tribunal. Il a déclaré regretter que la décision ait été prise sans que le ministère de l’Information ni son syndicat n’aient été consultés.Le porte-parole du gouvernement palestinien, Ibrahim Melhem, a appelé «les autorités compétentes et le procureur général à annuler la décision».

En 2017, l’Autorité palestinienne, qui dirige la Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967, a promulgué une loi controversée sur la cybercriminalité, qu’elle a amendée en 2018. Amnesty International avait dénoncé ce texte qui «impose un contrôle étroit de la liberté des médias et permet la détention arbitraire et la condamnation jusqu’à 15 ans d’emprisonnement de toute personne critiquant les autorités sur internet, y compris les journalistes et les lanceurs d’alerte».

Alaa Freijat a également déposé «un recours pour inconstitutionnalité contre l’article 39 de la loi sur la cybercriminalité», qui permet à la justice de fermer un site qui menace selon elle l’«ordre public», l’«unité nationale» ou la «paix sociale». Les sites bloqués l’ont été via les fournisseurs d’accès à internet, a expliqué Ahmed Youssef, journaliste pour l’un des sites suspendus.