Entretien avec … Amandine Cassi, Responsable du service Nota chez Médiamétrie

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    Amandine CASSI, Responsable du service NOTA chez Médiamétrie, et Sheily LEMON, Consultante à IMCA (International Media Consultants Associés) ont présenté hier les Tendances TV Internationales pour la saison 2007/2008 de NOTA, le service de veille des nouveaux programmes dans le monde. L’analyse des nouveaux programmes de cette mi-saison lancés dans les 9 pays couverts par l’étude NOTA fait apparaître l’omniprésence d’Internet dans les émissions de télévision.

    média+ : Quels sont les faits marquants de l’étude ?

    Amandine Cassi : On se rend compte que la télévision s’inspire largement du web et des nouvelles technologies. Elle propose de nouvelles offres, de nouveaux contenus. La télévision s’inspire du web en terme d’interactivité avec des jeux et des fictions. Les téléspectateurs sont sollicités à participer de chez eux comme ils le font sur Internet. La série «Sanningan om Marika» (Suède) est un bon exemple: Marika, l’épouse d’un célèbre homme politique, a disparu le soir de son mariage. Chaque téléspectateur peut prendre part à l’enquête et résoudre le mystère de cette disparition grâce à son téléphone portable ou Internet. Les fictions intègrent aussi des éléments très réalistes de l’actualité comme la série américaine «K-Ville» (USA, FOX) qui a été tournée à la Nouvelle-Orléans deux ans après le passage de Katrina. Il y a également beaucoup de séries qui intègrent le web et les nouvelles technologies en toile de fond comme la série «Gossip Girl» dont l’histoire est narrée par une bloggeuse inconnue qui fait passer des messages via son blog et les téléphones portables. Face à l’explosion du web et de l’interactivité, le web et la télévision deviennent plus partenaires que rivaux. La télévision devient 2.0. Le but pour la télévision est de garder les cybernautes, internautes et mobinautes comme téléspectateurs avant tout.

    média+ : Quelles sont les nouvelles tendances des séries américaines ?

    Amandine Cassi : On peut distinguer quatre catégories de héros. Les femmes sont très présentes cette saison dans les programmes de divertissements et dans les fictions. La série «Samantha Who?» en est un bon exemple: Samantha est une femme qui tombe dans le coma et qui perd la mémoire. Elle va devoir se reconstruire une nouvelle vie et va découvrir qu’elle n’était pas si sympathique. C’est la première meilleure nouvelle série dans le top fictions. Dans la catégorie riche, il y a les séries «Dirty sexy money», «Cane», «Big shots» et «Gossip Girl» qui évoluent dans un milieu aisé souvent new-yorkais. Dans la troisième catégorie, il y a les minorités avec les «Nerds», des petits génies de l’informatique marginaux. Très en marge de la normalité, la quatrième catégorie est représentée par des morts vivants, des vampires ou des créatures aux pouvoirs surnaturels. Par exemple, dans la série «Pushing Daisies» diffusée sur ABC, Ned, le personnage principal possède le don insolite de ressusciter les morts simplement en les touchant. Cette série a été très appréciée par la critique aux Etats-Unis même si ce n’est pas forcément celle qui marche le mieux en terme d’audience.

    média+ : Les femmes ont-elles des nouveaux rôles pour cette nouvelle saison dans le divertissement et la fiction ?

    Amandine Cassi : On a vu différents types de femmes au cours de ces dix dernières années. Il y a eu la femme libérée avec «Sex in the city», la femme détective ou agent secret avec la série «Alias», puis la ménagère pas très ordinaire avec «Desperate Housewives». Cette saison est celle de toutes les femmes, que ce soit pour la fiction ou pour le divertissement. Dans le programme «America’s Most Smartest Model» diffusé sur VH1 aux Etats-Unis, la beauté ne suffit pas puisque les candidates au poste de top model de l’année doivent prouver qu’elles ont un cerveau en passant des épreuves de cultures générale. La femme libérée peut désormais conserver l’érotisme dans son mariage avec le programme «How to have sex after marriage» (Royaume Uni) qui leur montre comment lutter contre la routine et les difficultés du quotidien. «Samantha who?» fait aussi partie des ces séries qui mettent en scène les femmes libérées.

    média+ : Selon vous, assistons-nous à une désacralisation de la télévision ?

    Amandine Cassi : La télévision n’a plus la même image qu’avant car il y a d’autres médias et on ne s’informe plus que par la télévision. Quand on veut être informé et diverti, on a aussi tendance à se tourner vers le web. La télévision et le web deviennent complémentaires. La folie Facebook est très révélatrice de ce phénomène: on se créé un réseau d’amis, pour trouver un nouveau travail, pour faire passer des messages…Le web rassemble une communauté et la télévision se doit d’évoluer en même temps et de recréer cette communauté. La télévision réagit de plus en plus en fonction du web: les diffuseurs se doivent d’être réactifs en diffusant la saison 3 de «Prison Break» dans la foulée de la saison 2, de diffuser les épisodes de «Heroes» en VOD simultanément à la diffusion sur TF1. C’est la télévision 2.0 : on la désacralise peut-être mais c’est pour qu’elle renaisse mieux.